Livres


Peter Garcia. « Le fils allemand inconnu ». Éditions Le Livre Actualité, 2018.ISBN 9782754308243. Traduction d’allemand en français par Jean-Paul Picaper. 305 pages, 18 €.

Ce livre est la traduction en français du livre « Franzosenbalg » (« Bâtard de Français », voir notre rubrique « Bücher ») paru en allemand en 2016 dans lequel Peter Garcia Rösler relatait sa vie d’enfant de mère allemande et de père français. Cet Allemand de Hambourg s’appelle Garcia comme son père et Rösler comme sa mère. Le nom du père est d’origine espagnole car il fit partie de ces nombreux « pieds noirs »* d’origine espagnole qui émigrèrent en Algérie française à l’époque.

Le père de Peter était un soldat des forces d’occupation française en Allemagne de l’Ouest dans l’immédiat après-guerre. Alors que de nos jours, être franco-allemand ou germano-français est considéré comme un atout, c’était en général plutôt mal vu à l’époque des deux côtés du Rhin. Visé par une francophobie et un antisémitisme latent qui n’avaient pas disparu ave l’effondrement du nazisme, Peter connut le racisme et la violence à l’intérieur et à l’extérieur de sa famille allemande. Il n’était pas un petit garçon blond aux yeux bleus, mais de type méditerranéen et cela suffisait à le faire montrer du doigt.

Face à des préjugés profondément enracinés, il n’avait personne pour le défendre sinon l’amour maternel, mais sa mère avait par amour commis « la faute » et son père avait disparu après sa démobilisation. Toutes les lettre qu’il écrivit à sa dulcinée allemande furent confisquées dans la famille et n’arrivèrent pas à la dsetinatiare. A l’âge e 14 ans, Peter apprit de quel pays son mystérieux père était originaire et qu’il avait combattu dans l’Armée française durant la Seconde Guerre mondiale, contre la Wehrmacht bien entendu. Comme trois pays, la France, l’Allemagne, l’Espagne étaient impliqués dans ses origines, cela lui compliqua la recherche de son père qui dura un quart de siècle. Au terme de cette longue quête qui nous mène dans diverses régions et pays, il retrouva son géniteur dans le Midi de la France. Sur le long chemin de la clarification de son identité, Peter Garcia s’est déplacé à l’étranger, et tombé à Londres sous l’influence d’un démagogue démoniaque, est devenu communiste mais s’est plutôt piqué en se frottant à l’ex-RDA jusqu’à ce qu'épris du Tiers Monde il explore la diversité extraordinaire mais tellement européenne de ses ancêtres.

Né à Heidelberg en Allemagne dans l’immédiat après-guerre, l’auteur a étudié l’administration des entreprises et les langues étrangères. Au long de sa vie, il a exercé des professions très variées. Après un apprentissage dans une banque, il devint libraire à Londres. Il a ensuite vendu de l’acier  et exporté des machines en Asie et en Amérique latine pour finir par devenir journaliste puis consultant pour l’Amérique latine auprès d’entreprises allemandes, de chambres de commerce et de ministères. Il a passé de longs séjours au Royaume Uni et en Colombie. Il vit à présent à Hambourg. Après ce livre autobiographique, Peter Garcia  est en train de rédiger son premier roman.

* On appelle en France « pieds noirs » les Français rapatriés d’Algérie en 1962 lors de la déclaration d’indépendance de cette ancienne colonie devenue départements français


Dans son dernier livre Entrer en stratégie, le général Vincent Desportes, s’adresse aux décideurs politiques, aux chefs d’entreprise et aux militaires pour montrer en quoi le concept de stratégie a déserté l’esprit des dirigeants actuels. Il s’est longuement confié à « Capital ».

Vous dessinez des similitudes entre le monde militaire, et ceux de l’entreprise et de la politique accaparés par le présent. Les dirigeants français ont-ils une vision trop courttermiste ? 

L’évolution du monde moderne rend difficile pour les dirigeants l’exercice de la stratégie, quel que soit leur champ d’action : leur énergie est happée par le court terme. L’interconnexion du monde, l’accélération de son évolution poussent les dirigeants vers l’immédiat qui les dévore. Ils ont du mal à prendre du recul, à penser le long terme. Or, l’histoire – l’histoire militaire en particulier – nous enseigne le caractère primordial de la stratégie ; une armée, aussi forte soit-elle, peut parfaitement aller de succès tactiques en succès tactiques… jusqu’à la défaite finale. Au Vietnam, les États-Unis ont gagné toutes les batailles jusqu’au moment où ils ont perdu la guerre et nous pouvons constater à peu près la même chose pour leurs plus récents engagement en Irak et en Afghanistan. Si une stratégie claire et saine ne vient pas ordonner et coordonner les succès ponctuels, on court à la catastrophe. Pas de doute : tant le chef d’entreprise que le responsable politique ou militaire doit avoir le courage de s’extraire de l’immédiat pour construire le temps long, s’impliquer en stratégie.

Pourquoi les dirigeants sont-ils aussi peu adeptes de la notion de stratégie que vous développez ? 

 Prenons le cas des entreprises : tout pousse à les éloigner de la stratégie, comme par exemple leur financiarisation. Elles sont de plus en plus nombreuses à être possédées par des fonds de pension qui s’intéressent bien plus au rendement de court terme, aux retours rapides sur investissement qu’à la stratégie : leur intérêt, ce sont les résultats trimestriels, de manière contradictoire avec l’idée même de stratégie qui ne peut se concevoir et se vivre que sur le long terme. Il faut aujourd’hui des convictions très fortes pour résister à la pression de l’instant. D’ailleurs, la stratégie est peu enseignée. Les écoles de commerces apprennent parfaitement les “pierres” de la stratégie – comptabilité, contrôle de gestion, marketing, communication etc.  - mais il y a très peu d’enseignements sur la théorie de la conception stratégique et son exercice. Dans tous les métiers du monde, on apprend d’abord la technique et la tactique, et c’est comme cela que l’on débute sa carrière. La formation à la conception stratégique vient beaucoup plus tard, voire pas du tout Et quand c’est le cas, les individus qui en profitent sont rares. J’ai eu personnellement la chance de diriger la seule école en France consacrée uniquement à la stratégie, l’École de guerre, qui forme les futurs généraux et amiraux. On sélectionne les meilleurs tacticiens qui ont fait leurs preuves sur le terrain (et Dieu sait qu’ils en ont l’occasion aujourd’hui avec la multiplication des conflits et des engagements militaires !), et on les transforme en stratège. Enfin, on essaye... parce que c’est très compliqué : ce n’est pas parce que vous êtes un excellent tacticien que vous possédez obligatoirement les aptitudes nécessaires au stratège !

Pour commencer à faire de la stratégie, il faut donc s’ancrer dans le temps long ?

 La stratégie naît d’un besoin, d’un désir d’avenir : elle est une nécessité émergeant d’une situation. Je rentre en stratégie car je sais ne pas pouvoir me contenter de ce que je suis aujourd’hui, sauf à accepter le dépassement puis la disparition dans un monde qui évolue constamment. Je dois  transformer mon entreprise pour la conduire vers une ambition ultérieure, un nouvel état espéré lui-même étape dans la vie stratégique de mon entreprise. Cela suppose d’avoir une vision de long terme et de bien comprendre que dans notre monde moderne extrêmement volatile, si vous restez sur place vous disparaissez.

Quels sont les premiers pièges que l’on rencontre quand on rentre en stratégie ? 

Le premier piège, c’est de considérer que l’univers stratégique peut être maîtrisé par le plan. Bien sûr, le plan est nécessaire moyens pour bâtir l’action qui conduira mon entreprise vers l’avenir que j’ai dessiné. Mais je dois aussi être sûr que mon plan, forcément imparfait, ne fonctionnera jamais idéalement et devra en permanence être adapté à la réalité des circonstances que rencontrera sa mise en œuvre. N’oublions pas que la première logique de l’univers stratégique, c’est la logique du grain de sable ! Contrairement à l’univers de la gestion, l’univers stratégique est fondamentalement interactif. Chacune de vos décisions entraîne une modification du milieu et une réaction des autres volontés libres – client, concurrents, banquiers, syndicats, actionnaires etc. - qui peuplent cet univers. Vous ne faîtes pas de la stratégie à la Vous ne faîtes pas de la stratégie à la façon de l’ingénieur qui jette un pont sur une rivière. Lui, il peut planifier son projet de manière certaine. Lui, il peut planifier son projet de manière certaine. C’est l’inverse en stratégie. L’espace stratégie réagit toujours et rarement comme vous l’espériez : la stratégie, c’est la gestion des rebonds et le ballon stratégique est … ovale ! Ainsi la première faute serait de s’accrocher à son plan, à ses décisions initiales, et ne pas comprendre que l’art stratégique est davantage celui de l’adaptation et de la réaction que celui de la décision. Il faut admettre que vous ne réussirez que par l’adaptation de votre projet à une réalité toujours nouvelle : elle évolue sans cesse d’elle-même et du fait de vos propres actions.

Cette adaptabilité sous-entend que le chef ne peut pas tout contrôler...

Parfaitement. Diriger, c’est savoir déléguer. En stratégie le rôle du chef n’est pas de poursuivre éperdument le résultat, c’est de créer les conditions, humaines et matérielles, de sa réalisation. Cela passe d’abord par la création d’espaces de liberté autour des collaborateurs pour que ceux-ci, grâce à l’initiative qui leur est donnée, puissent adapter en continu les directives reçues à la réalité. Faites confiance à vos collaborateurs, ils se responsabiliseront, s’engageront, s’épanouiront et le résultat d’ensemble sera bien plus efficace que si vous les enfermez dans un carcan de directives rigides et détaillées. Dirigez par le “Pourquoi ?”, pas par le “Comment” ! C’est ensuite, l’amélioration de la flexibilité des structures, car il ne servirait à rien de créer des espaces d’initiatives si celles-ci s’exerçaient sur des systèmes rigides.

Rajoutez-y surtout une philosophie commune, une culture partagée, un ADN propre qui permettront au chef de faire confiance, de lâcher prise pour tirer parti au mieux des talents qu’il a su rassembler et former. Lorsque tout cela est construit – finalité partagée et espaces de liberté, « esprit de corps », compétences –, le chef d’orchestre peut baisser sa baguette et laisser l’orchestre jouer seul pour donner le meilleur de lui-même.

C’était d’ailleurs la conception du commandement de l’armée allemande en 1870 et 1940 : une fois l’objectif et les moyens définis, on exige des officiers le maximum d’initiatives pour réaliser au mieux leur mission, en respectant l’esprit et en adaptant la lettre autant que de besoin. C’est comme cela que les Allemands ont triomphé d’une armée française qui commandait par le détail et ne laissait que très peu de liberté aux officiers pour pratiquer les ajustements nécessaires face aux inévitables imprévus.

Pensez-vous que ce manque d’adaptabilité mine aussi le monde politique français ?

 La difficulté du monde politique c’est qu’il est obnubilé par les élections du lendemain. Il est vrai que, si vous n’êtes pas réélu, vous avez du mal à réaliser votre vision. Mais de là à tout centrer sur le court terme : c’est exactement la faiblesse actuelle des démocraties ! À force de vivre au présent on en oublie le futur et on ne fait plus que de la tactique électorale.

La difficulté à laquelle se heurtent les hommes politiques aujourd’hui, c’est justement l’évolution de la démocratie. Nos concitoyens sont essentiellement eux-mêmes préoccupés par leur court terme et par le midi au pas de leur porte. Ils ont du mal à s’intéresser à des perspectives de long terme. Prenons l’exemple du président Emmanuel Macron qui veut réformer le système des retraites : il se heurte à une fronde car chacun des citoyens voit son intérêt personnel et immédiat … sans même penser à celui de ses enfants.

Les notions de patrie et de nation ont été suffisamment fortes pendant des siècles pour faire converger les initiatives et les engagements, pour subordonner de manière non seulement légale mais légitime les intérêts individuels à l'intérêt collectif, mais c’est fini. C’est le grand problème des pays européens : il n’y a plus de projets nationaux assez forts pour faire de la stratégie a ce niveau national, alors même que le projet européen ne fait pas suffisamment rêver pour faire converger les espoirs et les Volontés des citoyens et bâtir une vraie stratégie au niveau supranational.

« Sans Frontières – L’arbre de vie européen ». Un livre de Paneurope France. 164 pages – 5 € + 5 € frais de port. Commandes et contact : paneuropefrance.cfup@gmail.com 

 « L’Europe se disloque ». « L’Europe se désagrège ».  « Il n’y a pas d’harmonisation, chacun tire la couverture à lui ». « Les lobbies décident de tout ». « C’en est fait du rêve européen ». « L’euro n’est pas viable ». « Il nous ruine ». « On ne s’est jamais autant disputés que depuis qu’il y a l’euro ». Contre ces sottises europhobiques et ces méga-contre-vérités, souvent inspirées par des puissances qui cherchent à nous diviser pour mieux nous asservir, l’association Paneurope France publie un livre qui remet les pendules à l’heure.

L’Europe s’est immunisée peu à peu contre les soubresauts de Wall Street, les chants de sirène du Kremlin et les rodomontades de tyranneaux barbus. Elle n’a jamais été aussi soudée dans sa diversité face aux États géants émergents et aux cataclysmes prévus à l’horizon 2050. Son noyau dur franco-allemand insécable fait sa force. Sa sève lui vient de Strasbourg, de son Parlement élu par les peuples au cœur de l’UE citoyenne. Jeune planète qui s’accroche aux étoiles, l’Union Européenne est un cadeau fait à la jeunesse. Elle dit aux jeunes comment vivre sur un continent sans frontières interconnecté dont les engins spatiaux iront dans moins d’un siècle explorer d’autres galaxies.

Jean-Paul Picaper. "Ces nazis qui ont échappé à la corde". Editions de l'Archipel. Paris. 2017. 24 €. Ce livre existe aussi depuis 2018 en éditions Mon Poche à 9,80 €. www.monpoche.fr. A commander Centre France Livres SAS. Mon Poche. 14 avenue des Droits de l’Homme, 45000 Orléans.

Ce n’est pas le genre de livre que l’on écrit le lundi pour le faire paraître en fin de semaine. L’auteur, qui a déjà publié de nombreux ouvrages sur la question des criminels nazis, sans oublier tous les articles et reportages écrits pour Le Figaro, dont il a été le correspondant en Allemagne, livre un travail de longue haleine, résultat de plusieurs années de recherches. Jean-Paul Picaper fournit et commente une liste impressionnante de tous ces personnages qui, de près ou de loin (de très près souvent, plus discrètement parfois), ont participé aux multiples massacres organisés du Troisième Reich et ont échappé parfois à la condamnation de la Justice : certains – trop peu par rapport à l’ampleur de leur méfait génocidaire, l’horreur de leurs exactions et la fureur de leur complicité coupable avec le régime nazi – ont été pendus ou fusillés après leur procès ; d’autres ont préféré échapper à leur condamnation et ont choisi le suicide en pointant leur révolver sur la tempe, en croquant une ampoule de cyanure ou en ingurgitant une fiole d’acide prussique ; d’autres encore ont réussi à s’enfuir ou à se cacher, alimentant pour certains d’entre eux de stupides légendes de fantômes qui prépareraient leur retour. Et puis il y a tous ceux qui sont passés au travers des mailles du filet que le monde entier pensait avoir tressé pour tenter de mettre fin à la menace du spectre – si l’intention a bel et bien existé, surtout de la part des victimes et de ceux qui ont voué leur vie à débusquer les tortionnaires nazis jusqu’en Amérique latine ou au Proche-Orient (et même en Europe, y compris en Allemagne), elle a connu de nombreuses failles sous forme d’une discrète assistance, tant au sein d’institutions politiques que dans l’entourage d’autorités religieuses. Jean-Paul Picaper reprend dans sa vaste enquête, riche en détails et documents incontestables, les cheminements tortueux de tous ces criminels « qui ont échappé à la corde » – comme il le clame en titre de son livre – et ceux de ces multiples soutiens impertinemment imperméables aux plus simples considérations morales. Ce sont ceux qui ont favorisé la survie des criminels en les plaçant au service de gouvernements peu sensibles apparemment aux souffrances meurtrières, que ce soit les Américains soucieux de gagner la bataille naissante de la conquête spatiale ou les Soviétiques trop heureux de fragiliser la réputation d’une Allemagne de l’Ouest coupable de tous les maux aux yeux des staliniens face à une Allemagne de l’Est communiste subitement vierge de tout fardeau fasciste, comme si une frontière morale avait par miracle et sans discernement divisés en bons et méchants les Allemands de l’après-guerre, déjà condamnés à la division idéologique de leur territoire.

A la difficile question de savoir si les effroyables crimes de masse ont été véritablement punis après la guerre, l’auteur répond par une interrogation sur la personnalité des coupables : « Des gens normaux et ordinaires ? » demande Jean-Paul Picaper en titre de son dernier chapitre pour résumer son imposant travail de recherches sur la « médiocrité surdimensionnée » de ces « surhommes » qui prétendaient incarner « quelque chose de supérieur, de libérateur, d’affranchi des petitesses et du quotidien ». Pas question de réhabiliter gratuitement qui que ce soit dans ce sombre dossier de l’Histoire allemande du 20e siècle, « mais en les caricaturant, on a minimisé leur dangerosité », insiste l’auteur.

Sa conclusion : « Le nazisme comme le communisme jetteront longtemps encore une ombre sur l’image de l’homme et de sa civilisation », écrit-il. En déblayant « tout un fatras de fables et d’inepties », il ramène le Troisième Reich à sa vraie nature – un livre d’informations collectées jusqu’au fin fond des archives les plus secrètes, un livre de réflexions acquises lors de rencontres approfondies avec des témoins de premier ordre, bref un livre d’Histoire qui montre que les massacres à grande échelle, partout dans le monde, ne seront jamais punis à la hauteur des attentes de leurs victimes. Hélas. (Présentation par Gérard Foussier, auteur de nombreux livres et articles dont un "Bilan des années Merkel" et "Das deutsch(französische Wehepaar", président du Bureau International de Liaison et de Documentation, ancien rédacteur en chef de la revue Dokumente/Documents, membre du conseil d'administration de la Société des Amis de l'Institut Historique allemand de Paris (IHAP), gérant de la société Foussier media UG. Décembre 2017)

Patrick Bracker. « Approche de l’Espace paneuropéen ». BPAE.Réimprimé en 2019. A commander à : bracker.67@laposte.net. Avec une préface du général Henri Paris. 

Cette thèse du 3ème cycle sur le thème qui fait le titre de ce livre n’a pas vieilli en deux décennies. Elle recèle une grande quantité de définitions, de faits et d’explications de concepts politiques qui seront utiles aux étudiants, mais aussi nombre de tableaux et assemblages d’informations qui en font un bréviaire pour politiciens et intéressés par la politique européenne. Mais l’ouvrage a une ambition qui dépasse largement l’objectif documentaire.

En mettant dès son titre l’accent sur la Paneurope, Bracker nous oriente tout de suite sur la problématique des nouveaux rapports Est-Ouest, Russie inclue, après la guerre froide, puisque la Paneurope c’est toute l’Europe… jusqu’à l’Oural. L’objectif, comme il l’écrit dans son introduction est de formuler « quelques pistes de réflexion, voire de propositions et de projets à développer (…), afin d’aider du mieux possible une rencontre harmonieuse entre deux modèles de civilisations issus d’un monde bipolaire , lequel fut enfanté avant, pendant et après la deuxième guerre mondiale ».

Depuis la soutenance de cette thèse en 1996 devant le Centre d’études Diplomatiques et Stratégiques qui donna lieu à la première édition de cet ouvrage en 1999, on peut dire que cette problématique est restée actuelle. Aucune chirurgie cosmétique n’a pu effacer jusqu’ici les mentalités et les réalités différentes crées par près de 80 ans de totalitarisme communiste en Russie et plus de 40 ans du même système dans les pays d’Europe centrale et orientale. Jusque dans les options électorales, les réactions aux évènements majeurs comme l’immigration de masse, le chômage post-crise mondiale, etc. sont différentes entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, entre le Nord et le Sud du continent.

Psycho-histoire, sociologie humaniste, coopération et sécurité de l’espace… Le regard de l’auteur porte la trame d’une voie à suivre pour les décideurs face aux enjeux majeurs comme la survie de l’espèce. Telle est effectivement la question qui se pose aujourd’hui avec une acuité augmentée et qui émeut les jeunes générations comme jamais auparavant. Nous savons aujourd’hui que l’humanité et sa planète la Terre sont mortelles et que dans cette roulette russe, le climat ou les denrées alimentaires, la santé et la démographie, ne sont pas seules en jeu, mais que les politiques peuvent peser lourd et faire pencher la balance dans le mauvais comme dans le bon sens. Telle est la leçon de cet ouvrage pour les jeunes générations arrivant sur le marché européen, pardon, paneuropéen.

Fractures et rapprochements, guerre ou paix, croissance ou régression, géopolitique d’autant ou géographie humaine ? Quels choix pour quels enjeux ? Quelles perspectives pour l’évolution européenne ? Nous ne faisons plus attention à ce qui se passe autour de nous et personne ne se demande plus pourquoi l’union des Etats européens est vitale et décisive. Ce livre nous le dit.

On ne manquera pas de lire la préface du général Paris qui sur une seule page dit tout ce qui est géopolitiquement décisif aujourd’hui avec une précision étonnante. Ce militaire pensant sait sur tous les sujets trouver le mot juste dans la phrase lapidaire et éclairante. (JPP - déc. 2019)

« Accrochons nous aux étoiles. L’Europe hier, aujourd’hui, demain ». Un livre de Paneurope France - CFUP . 2019. Ed. Jérôme-Do Bentzinger. Colmar et Strasbourg. 24 €

L’Europe se disloque… ». « L’Europe se désagrège… ». « C’en est fait du rêve européen… ». « L’euro n’est pas viable… ».

Tels sont les vents mauvais soufflés sur notre continent par des faiseurs de panique imbus de leur personne, des lanceurs de fausses alertes et de cauchemars souvent inspirés par des puissances étrangères qui cherchent à nous diviser pour mieux nous asservir.

L’Union Européenne n’est ni un rêve ni une vision. C’est une réalité, une jeune pousse enracinée dans ses conventions et traités récents de 1992, 1995, 1999 et 2007, qui s’immunise contre les malaises contagieux du dollar et les chants de sirène du Kremlin. Elle n’a jamais été aussi soudée dans sa diversité face aux géants qui la menacent et aux cataclysmes planétaires visibles à l’horizon 2050. Son noyau dur franco-allemand reste insécable.

Les europhobes élus au Parlement Européen prétendent éroder de l’intérieur ce qu’ils ne peuvent plus casser de l’extérieur. Ces éternels belligérants retardent d’un siècle. En 1922-26, l’Union Paneuropéenne Internationale traçait les plans de l’UE actuelle. Sa filiale Paneurope France veut contribuer avec ce livre à durcir les défenses du triangle européen des trois pouvoirs, Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg. Mais la tragi-comédie du Brexit elle-même ne fait pas d’imitateurs. Et pour cause. Les États membres d’Europe centrale et orientale font bande à part, mais pas sécession. Ils signalent aux Occidentaux que l’Europe, nation des nations, a une âme et une identité qu’ils ont, eux, reconquises.

Enfin, en l’an 2000, passée quasi-inaperçue, la diffusion simultanée de l’euro et d’internet a singularisé l’Europe. Ce livre est le premier à signaler cette coïncidence qui a boosté l’UE et forgé une Europe des jeunes.

Le livre peut être commandé chez l’éditeur Jérôme-Do Bentzinger, 8 rue Roesselmann, 68000 Colmar, Tel. : 03.89.24.19.74 - mail: jerome-do.bentzinger-editeur@wanadoo.fr ou acheté chez le même éditeur, 27 rue du Fossé des Tanneurs, 67000 Strasbourg.

Anna Gichkina. Eugène-Melchior de Vogüé ou comment la Russie pourrait sauver la France. Entretien avec Claire Bommelaer. Ed. L’Harmattan. Biographies. Série XIXème siècle. 2018. 393 pages. 39 €. 

Le livre consacré par l’historienne de la littérature Anna Gichkina à Eugène-Melchior de Vogüé (1848-1910), remet à l’honneur un grand Français dont la famille fait de nos jours encore parler d’elle, notamment par son goût des grandes et belles œuvres. A preuve, un tout récent article du « Figaro » consacré à la remise en état du célèbre château de Vaux le Vicomte par son propriétaire, Patrice de Vogüé, et son épouse Cristina.[1] Et ce n’est pas le seul homme de qualité sorti du giron de ce très ancien clan de la noblesse du Vivarais et de l’Ardèche mentionné dans les chroniques dès 1084. Un autre personnage illustre avait été Melchior de Vogüé (1829-1916), archéologue et diplomate et cousin de celui dont parle ce livre. La vie d’Eugène-Melchior fut plus brève que celle de son cousin, mais elle fut bien remplie. Anna Gichkina a donc été bien inspirée de rappeler son œuvre majeure « Le roman russe » publiée le 4 juin 1886 chez Plon Nourrit et Cie, rue Garancière à Paris.

Pas seulement parce que l’auteure du livre est une Russe qui a choisi d’obtenir un doctorat en Sorbonne et de vivre en France, mais aussi parce qu’il était sans doute temps de ranimer un lien entre nos deux pays vivace à l’époque de de Vogüé, mais qui s’est considérablement étiolé depuis la Première Guerre mondiale et plus encore après la Seconde, déficience à laquelle Anna Gichkina cherche à remédier avec le Cercle du Bon Sens, un club politico-culturel russophile qu’elle a créé en Alsace où elle réside. On peut le dire tout de suite : comme à l’époque d’Eugène-Melchior de Vogüé, il ne s’agit pas seulement de guider des Français vers la culture russe, mais d’introduire en France dans la pensée politique et culturelle une tonalité russe. C’est pour l’auteure de ce livre majeur un projet titanesque à mener avec de tous petits moyens car la relation franco-russe s’est malheureusement brisée sur quatre-vingt-trois ans de communisme soviétique.

Faute de pouvoir se réaliser politiquement, que cette mission s’exprime au moins culturellement. On conçoit que L’auteure adore la France et sa culture, cela se voit à toutes les pages que pour elle la découverte de la culture française a été la même illumination que fut pour de Vogüé celle de la littérature russe. Anna Gichkina rêve de ressusciter le mariage culturel Paris-Saint Petersbourg devenu Paris-Moscou et on ne lui en fera pas reproche. Bien au contraire. Eriger un monument de 393 pages à un homme qui fut un pilier de cette bonne entente révèle une nostalgie, une aspiration, c’est comme de faire un vœu. De Vogué fut le reflet de son époque et contribua à la façonner. Comme il avait compris la Russie comme peu d’autres gens, se pencher sur son œuvre nous rappelle aujourd’hui qu’il a existé avant la chute dans le bolchevisme une « autre Russie » que celle de la Cinquième colonne et de la Guerre froide. Une Russie loin de l’Archipel du Goulag et des purges staliniennes, une Russie où Alexandre Soljenitsyne, de Boris Pasternak et  Andreï Sakharov, pour ne pas parler de Victor-Andreïevitch Kravchenko, dont les mérites et le courage furent certes immenses et sont dignes d’imitation, une Russie d’avant le martyre, d’avant la guerre et la mort lente des camps et les exécutions sommaires à la Loubianka. Une Russie oubliée que Mme Gichkina nous apporte avec son ouvrage, en d’autres termes la Russie qu’Eugène-Melchior de Vogüé avait fait découvrir à la France et qui peut-être renaîtra de ses cendres.

Cette Russie qui date d’Eugène-Melchior de Vogüé ne se comprend que si l’on connait l’homme qui la découvrit peu à peu, entre 1882 et 1886, d’abord par l’art puis par la littérature. Après de solides études secondaires et des lectures approfondies, ce fils de l’aristocratie commença une carrière éphémère de député, puis il participa comme militaire à la guerre de 1870 qui lui infligea la mort de son frère, le Saint-Cyrien Henri de Vogüé, tombé à ses côtés, une perte qui le laissa inconsolable. Mais c’est en 1871 que commence sa vie de diplomate. Elle le mènera à Saint Petersbourg en passant par l’Italie et l’Egypte. C’est en quelque sorte, un autre engagement volontaire après celui de la guerre perdue. L’idéaliste qu’il était avait résolu de participer à la renaissance de la France et de la tirer de l’ornière. Or la Russie était avant même la Grande-Bretagne une sincère alliée de son pays. Nos compatriotes de la fin du XIXème siècle baignaient dans une russophilie ambiante difficile à imaginer aujourd’hui après que le le XXème siècle nous ait coupés de Moscou. Aussi peut-on dire que l’époque évoquée dans ce livre fut à cet égard aussi une Belle époque.

Mais ce ne furent pas seulement les circonstances historico-politiques qui motivèrent E.-M. de Vogüé. Ce serait lui faire insulte que de ne pas voir qu’il était d’un côté profondément enraciné dans l’évolution littéraire et intellectuelle de la France et que, de l’autre, il participait à une ouverture à l’étranger qui rendit du tonus à la France de son temps. Ainsi un faisceau de facteurs lui ont-ils ouvert l’esprit à ce qu’il a découvert à l’Est de notre continent. Et la découverte fut pour lui si sensationnelle, si bouleversante qu’il voulut la faire partager en écrivant son livre de voyages spirituels à travers la pensée et la littérature russes. Les deux clés de l'ouvrage d’Anna Gichkina qui se consacre au rapprochement difficile de sa patrie d’origine et de la France actuelle qui lui semble un peu déboussolée, se trouvent, l’une, à la page 36 de l’ouvrage, où l’auteure relate les origines et la vie du Vicomte de Vogüé, et l’autre, à la page 143 où elle définit la littérature russe et les relations franco-russes à l’époque de son grand homme à la vocation manquée car de Vogüé aurait voulu être écrivain lui-même.

Elle cerne la case de départ de ce grand amateur de romans par ces mots: « Vogüé est à l’époque un enfant timide, réservé, mais passionné. Sous une apparence réservée et posée se cache une nature bouillonnante. Ce contraste entre les aspirations d’une jeune nature exaltée et les conditions de la vie familiale qui le contraignent sans cesse explique un tempérament dual du vicomte une profonde et mélancolique gravité s’unit en lui à la plus vibrante puissance de l’enthousiasme ». Cette enfance sévère, cette jeunesse isolée développe en lui un penchant inné à la mélancolie, sentiment « inséparable de tout esprit qui va loin et de tout cœur qui est profond ». Ailleurs, Anna Gichkina écrit que Vogüé « a toujours vécu entre la poésie et le rêve ». Son coup de chance fut donc de trouver en Russie où il séjourna en tant que diplomate français le filon littéraire qui lui convenait et qu’il ne trouvait pas ou pas encore en France. L’auteure déduit de son caractère imaginatif que « la tristesse du Vicomte expliquera en partie, sa passion pour la culture russe dont un des traits principaux est la mélancolie qui se traduit dans (les) plaisirs et les chansons (du peuple russe) ». Sans oublier la littérature de ce pays où « tout à coup, et sans avoir aperçu la crue, on se trouve perdu sur un lac profond, submergé par cette mélancolie qui monte ».

Bref ce fut un coup de foudre sur un terrain prédisposé. Il n’aurait pu en être autrement. On peut dire que la littérature russe fut pour de Vogüé une évasion dans un univers où il avait retrouvé son « moi ». Il y trouvait le sentiment, le cœur. A un niveau quasi-métaphysique. Il est évident qu’en France, le roman réaliste à la manière de Flaubert qui a marqué la seconde moitié du XIXème siècle et, pire, le roman naturaliste à la Zola dans les années de défaite 1870, ne pouvaient le satisfaire s’il était fidèle à lui-même. Et il l’a été. Le naturalisme, pendant en littérature du positivisme en matière scientifique, n’était pas de la littérature telle qu’il l’entendait. C’était de la prose froide et sans émotions, dénué d’empathie de l’auteur avec les héros traités comme des insectes épinglés sur une planche. Aussi ce livre qu’il publia en 1886 sous le simple titre « Le roman russe » était-il indirectement un manifeste antinaturaliste. Son livre coïncide d’ailleurs avec la parution la même année du manifeste de la nouvelle école symboliste publié par Jean Moréas dans « Le Figaro ».

E.-M. de Vogüé  n’était surtout pas un esprit terre-à-terre. Il n’était certes pas un romantique, l’époque était révolue, mais un savant inspiré qui voulait élargir son horizon. Comme l’écrit très simplement l’auteure : « C’était une personnalité ». En 1889, quand il entre à l’Académie française, ceux qui le reçoivent soulignent son ambigüité, sa « dualité », écrit Anna Gichkina, un homme de tradition et de progrès, un homme d’autrefois mais tout ouïe pour les « clartés encore douteuses », les « rumeurs à peine perceptibles » des temps nouveaux. A une France désespérément pessimiste et « schopenhauerienne », ce grand mélancolique cherchera à inoculer l’optimisme. Et il les trouve dans le christianisme et la spiritualtié humniste qui imprègnent la littérature russe. Son désir de rendre la France plus humaine et plus spirituelle ne fut pas partagé par tous à l’époque. Il se heurta à de vives résistances et rencontrera pas que des échos positifs. Ainsi Rainer Maria Rilke passa à coté de lui sans le comprendre. Et il passa, lui, à côté de Dostoeïevski sans déceler sa profondeur, n’y voyant que « trouble » et « obstination ».

Il est évident qu’un homme perché sur un pont entre deux cultures ne pouvait être compris que par une auteure qui est elle-même une Russe devenue française, sur deux langues, deux nations, deux idées. Peut-être fait elle une mixture à sa façon, disons le vulgairement, un entremet franco-russe. Mais après tout n’est ce pas l’Europe ? Les mélanges les plus disparates sont peut-être les plus fertiles à condition d’utiliser les mêmes épices. L’avenir nous dira la culture français et la culture russe sont compatibles. Ce n’est pas sûr, mais l’expérience en vaut la peine et ce livre peut servir de fil conducteur.

Une remarque sur la forme : quand on  pense qu’Anna Gichkina est russe, native d’Arkhangelsk dans le Grand Nord et ayant grandi là-bas, sinon là-haut, on est sidéré par la fluidité de son écriture et la variété de son vocabulaire. Cet ouvrage, soulignons-le, n’est pas traduit du russe. Il été écrit directement en français sous forme de thèse de littérature comparée. Cette richesse du vocabulaire n’a dégale que la richesse du contenu. Ce n’est pas seulement une promenade à travers la littérature russe, mais aussi tout au long de la littérature française et sa réception par l’lintelligentsia française de la fin du XIXème siècle. Cette richesse est est telle qu’on en peut ici en aborder toutes les facettes mais se contenter de recommander la lecture de ce livre qui sera d’ailleurs représenté par son auteure à la Librairie Kleber de Strsbourg le 19 mai 2008.

Le monde connait aujourd’hui une autre configuration et bien des choses ont changé Depuis l’époque d’Eugène-Melchior de Vogüé encore que la Russie se dise éternelle, comme d’ailleurs la France. Toujours est-il que l’environnement politique s’est modifié. A l’époque de de Vogüé, l’Allemagne était l’ennemi héréditaire de la France et l’alliance avec la Russie monarchique (et avec la monarchie britannique) contrebalançait ce risque. Depuis 1950, depuis la réconciliation initiée par Robert Schuman et Konrad Adenauer et ancrée dans le Traité de l’Elysée par Charles de Gaulle, l’Allemagne est devenue la meilleure alliée de la France, à proprement parler un pays-frère. Le poids du duo franco-allemand est très supérieur politiquement, économiquement, démographiquement et géopolitiquement à celui de la Fédération de Russie. En d’autres termes nous pouvons très bien vivre sans la Russie. Mais à l’intérieur de la France actuelle, on peut relever des similitudes avec celle de de Vogüé. Deux tendances contradictoires, un égoïsme collectif et un individualisme forcené, modèlent le climat de notre pays en ce début de XXIème siècle, comme le prouvent des mouvements sociaux extrêmes ainsi qu’une passivité proverbiale face aux dangers qui nous menacent et que l’on s’efforce d’escamoter. La France étriquée d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler celle, diminuée par la défaite de 1870, du début de la IIIème République, il y a près de cent-cinquante ans. Et c’est ce qui motive le sous-titre du livre d'Anna Gichkina lequel nous suggère que la Russie, ou l’esprit russe pourraient « sauver la France ». 

Mais voulons-nous être sauvés par la Russie ? En 1918, les Etats-Unis d’Amérique nous avaient sauvés de l’emprise allemande. L’Armée soviétique et l’industrie américaine nous ont sauvés du nazisme en 1945. Peut-être en avons-nous assez d’être sauvés par des gens qui nous veulent du Bien. Car cela crée des dépendances. Notre atout est pour le moment la coopération renforcée en Europe occidentale que Moscou semble gravement sous-estimer, sauf pour la miner insidieusement. A voir la Russie d’aujourd’hui, on serait plutôt tenté de penser que la France peut la sauver et non l’inverse, en dépit du titre donné par l’auteure à son livre. Mais comment l’oser alors que la Russie, puissance surtout militaire, défie la petite Europe qui la jouxte à l’Ouest. Aussi serions-nous mal inspirés à lui donner des leçons de politique, même si elle n’est, selon un mot galvaudé qu’une « puissance pauvre ».

Pourtant, il faudra bien que la Russie devienne plus européenne et moins asiatique si elle veut nous convaincre. Pourquoi Vladimir Poutine ne mettrait-il pas l’accent sur le premier élément plutôt que sur le second de son projet d’« Eurasie » ? Après tout, c'est ce que la Russie a toujours voulu : revenir à l’Ouest, s’y faire accepter. Il faudra bien qu’elle se décide un jour à être européenne. On ne lui demande que de changer un peu, car ce n’est qu’en se changeant soi-même qu’on peut changer les autres et qu’en se sauvant soi-même qu’on peut sauver autrui.

La question reste ouverte : de Vogüé a-t-il plus fait pour familiariser les Français avec la littérature russe que pour faire évoluer les Lettres en France ? Cherchait-il à insuffler à la France une nouvelle vitalité ? La réponse est évidente : tel était son but. La culture russe qu’il a aimée passionnément à titre personnel, n’était pour lui en tant que Français qu’un moyen pour régénérer la France. A son avis, la Russie apportait à la France ce qui lui manquait, à savoir des idéaux, une inspiration transcendante, quasi-divine et non-matérialiste. Il a voulu changer la France en actionnant le levier de la littérature russe. Son livre se situe à une césure de l’évolution intellectuelle de notre pays à son époque. Mais politiquement, ce fut un échec parce que la fausse sécurité que nous  insufflait l’alliance avec le Tsar et l’Entente cordiale avec la Grande-Bretagne ont contribué à nous mener à la Guerre de 1914-1918 dont on avait sous-estimé les effets dévastateurs à court et à long terme.  (JPP)

Hela Ouardi. « Les derniers jours de Muhammad ». Ed. Albin Michel. Paris. Nov. 2017.

Nous sommes nombreux, parmi les chrétiens intègres, à avoir lu le Coran mieux que le pape et mieux que les évêques « de progrès », surtout si nous avons eu en mains les témoignages qu’en a donnés Madame Héla Ouardi, universitaire Tunisienne, dans son livre mentionné ci-devant. Or, nous n’y avons pas trouvé comme eux un message de Paix et d’amour ! Cette auteure nous donne quelques détails de la vie de Mahomet qui permettent de comprendre quelles méthodes inspiraient le « prophète » des musulmans et quel fut le background du Livre des musulmans.

Par exemple, lorsque les Bédouins Urayna eurent volé son troupeau, le prophète leur fit couper les pieds et les mains, crever les yeux, et les exposa en plein soleil afin d’augmenter les affres de leur agonie. Mais il n’est pas dit qu’en l’occurrence l’archange Gabriel fut l’inspirateur ! Ces détails, et d’autres témoignages aussi probants de la miséricorde d’Allah, sont rapportés dans cet ouvrage dont les éléments de recherche paraissent considérables. Sans porter le moindre jugement sur l’inspiration que disait avoir le « Prophète », l’ouvrage le ramène à la dimension d’un homme assez talentueux pour fabriquer son message suivant les nécessités de l’instant avec un sens certain de la formule.

On est à Médine en juin 632. Sous le soleil accablant de l'Arabie, le temps semble s'être arrêté : le prophète de l'islam a rendu son dernier souffle. Tel est le point de départ. Autour de lui, les fidèles de la nouvelle religion tremblent à l'idée de la Fin du monde. Quelle est cette étrange maladie qui l'a terrassé ? Et pourquoi l'enterrement n'a-t-il pas lieu ... Au fil de son récit au jour le jour de l'événement le plus mystérieux dans l'histoire de l'islam, Hela Ouardi, universitaire tunisienne, explore et confronte les sources sunnites et shiites les plus anciennes. Celles-ci nous révèlent un autre visage du prophète : un homme menacé de toutes parts, affaibli par les rivalités internes et par les ennemis nés de ses conquêtes.

C’est en effet cet aspect que souligne spécialement avec un grand réalisme l’auteure de cette biographie, car, selon elle et à bon escient, Mohamet ne fut point l’impavide conquérant que veut la légende. Ses défaites contre les Byzantins furent cuisantes. Il ne se voulut prophète que pour un proche avenir qu’il voyait apocalyptique et l’ouvrage cite à l’appui cette parole de Mahomet avant sa mort : « Par celui qui tient mon âme en sa main, la descente de Jésus (Îssa), fils de Marie, est imminente ! ». C’est dire qu’il n’avait nullement prévu l’expansion que ses héritiers allaient donner à l’Islam.

Cette croyance d’une proche apocalypse avait été celle des apôtres après la résurrection de Jésus. Mais alors que l’Eglise jusqu'à Constantin allait s’étendre par le sang de ses martyrs, c’est uniquement par le cimeterre que les Califes prétendirent poursuivre l’oeuvre de Mahomet. Et ce qui donne la mesure de ce que fut l’Islamisme, c’est que sur les 4 premiers califes, 3 devaient être assassinés par leurs compétiteurs ! En vérité, l’islamisme ne fut rien de plus qu’une sanglante compétition pour le pouvoir !-

L’islamisme contemporain tient son audience du projet matérialiste des sectes occidentales, qui ont fait de la lutte contre le christianisme leur premier objectif. Dans ce projet, l’Islam a été pensé par la maçonnerie comme un outil susceptible d’arrêter l’expansion missionnaire de l’Eglise. Et que l’objectif maçonnique se soit trouvé exactement conjoint avec l’impérialisme financier des Yankees, donne la clé du désordre actuel, que les brutales initiatives du président Américain ne peuvent qu’aggraver !

S’il existe quelques sursauts de bon sens national dans les Etats européens de l’Est, il n’existe pas un gouvernement en Europe Occidentale et Scandinavie qui ne soit complice du plan d’invasion qui devrait anéantir la particularité du vieux continent. Et le Vatican vient d’ajouter une touche suicidaire à la situation, en osant comparer le déplacement prévu par la loi de Marie et Joseph vers Bethléem à l’installation sans retour sur notre sol d’une masse considérable d’étrangers dont beaucoup se sont refusés à exposer leur vie pour défendre leur patrie ! Evoquant la population française de son époque, Anatole France disait : « Si 40 millions de Français disent une bêtise, c’est quand même une bêtise ! ». Moi je ne pense pas qu’il soit hérétique de penser que quand le Pape dit une bêtise, c’est quand même une bêtise !

Une réécriture s’impose.

L’Islam a toujours été un monde divisé par les prétentions de ses potentats, mais ces divisions ne remettaient pas en cause l’idéal islamique de domination par le pillage et l’esclavage et par la sujétion des femmes. Aujourd’hui, les quelques lignes de rupture qui apparaissent sont différentes et traduisent le souci de sortir d’un dogmatisme totalement obsolète. Ainsi par exemple, certains intellectuels arabes de qualité, comme le Marocain Reda Benkirane, sociologue et chercheur à l’institut des hautes Etudes, soutient une promotion religieuse qui passerait par l’ouverture sur les sciences. Cela me paraît incompatible avec la Charia, mais soit, le projet est louable.

En fait, le débat lui-même ne peut provoquer qu’un choc salutaire parmi des croyants, dont quantité, encore soumis à une certaine habitude plus qu’à la conviction, refusent en esprit les directives criminelles du Livre sacré. Et de plus en plus nombreux sont les musulmans qui, de mon ami Farid Smahi al Salem ben Amar, sont en état de réflexion et même d’indignation. On peut par ailleurs se rendre compte qu’ayant accédé à des études convenables, quantité de femmes arabes osent revendiquer leur liberté avec un très grand courage. A mon sens, mais évidemment, c’est un chrétien qui croit aux « signes » qui écrit que ce n’est point par hasard que Notre-Dame voulut apparaître au lieu de Fatima, nom évocateur s’il en est !

De fait, si un certain nombre de musulmans répugne à la violence islamique, leurs sentiments aujourd’hui peuvent trouver des arguments dans une histoire mieux connue. Hela Ouardi écrit : « Il n’existe pas le moindre document, la moindre trace concrète qui soit contemporaine de l’époque du Prophète. » C’est dire que les légendes qui ont entouré la figure de Mahomet, se soumirent à la nécessité qu’auront les Califes de légitimer leurs fantaisies par de nouvelles sourates. C’est ainsi que le visage du prophète sera multiple. Tantôt, on le présentera sous les traits d’un père de famille, bon, modeste et affectueux ou bien sous celui d’un potentat féroce, faisant par exemple torturer à mort le Juif Kinana pour l’obliger à révéler la cache de ses richesses, exterminant des tribus entières avec pour seul argument le célèbre « ôte-toi que je m’y mette ! », trouvant des arguments coraniques pour justifier sa copulation avec la femme de son fils adoptif et autres joyeuseté du genre. A tel point qu’il existe aussi une tendance « radicale », laquelle, devant une telle confusion, en arrive à douter de l’existence même du Prophète !

Mais il est probablement une étape qui pourrait être radicale pour expliquer l’islam et dont nous n’avons que de très faibles indices. Ce serait l’influence qu’aurait eu sur la première femme de Mahomet, la riche Khadîja, le Moine Nestorien Bahira. Or, c’était l’époque où Mahomet n’avait pas encore été enseigné par l’archange Gabriel. Il est possible que l’hérésie nestorienne qui refusait à Marie le titre de « Mère de Dieu », se soit traduite, dans l’esprit de Mahomet, comme la négation de la divinité du Christ ! Mais nous n’en savons rien.

Au dernier chapitre de son ouvrage après avoir démontré que les relations très contradictoires sur le prophète, mort intestat, prouvaient bien que l’Islam s’était beaucoup plus constitué sur la volonté de pouvoir des Califes, que sur un texte formel, Hela Ouardi peut écrire :

« Les découvertes épigraphiques dont sur le point de bouleverser notre approche de l’histoire et de l’Islam, non seulement s’agissant de la perception que les premières générations musulmanes avaient du prophète, mais aussi par ce qui est des principes fondateurs de la religion comme la Shabadâ, dont on a trouvé des formules antérieures différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Les fouilles archéologiques, ainsi que l’études des documents non musulmans contemporains de l’avènement de l’Islam sont en train d’introduire actuellement une véritable « révolution copernicienne », dans la connaissance de l’Islam primitif. Une réécriture de l’histoire est en marche ! »

Il est possible que cette réécriture soit plus rapide que celle que nous pensions pouvoir espérer. A noter qu’un groupe d’anciens musulmans convertis au christianisme vient d’adresser au pape la lettre protestataire qu’il méritait. Pour les seuls amis qui me restent dans cette optique, je ne ferai pas d’autres vœux de résistance, car l’évolution est réelle, et elle me parait s’inscrire dans la promesse formelle de l’apôtre : « La vérité vous délivrera ! ». (Présentation par Alexis Arette, 31 décembre 2017).

 Jean-Paul Picaper. « Les Louves du Gévaudan ». Jérôme Do Bentzinger Editeur à Colmar et Strasbourg. Juin 2017. 300 pages. 23 €.

Au XVIème siècle, de 1562 à 1598, la France fut endeuillée par le carnage suicidaire des guerres de religion. Pas celle des Camisards bien connue, mais celles qui eurent lieu un siècle plus tôt. Le Gévaudan, actuel département de la Lozère, connut alors l’épisode le plus meurtrier de son histoire. A cela s’ajouta un froid mortel, confirmé par les climatologues contemporains avec un pic en 1586, l’année de la prise du château de Peyre par le duc de Joyeuse, émissaire du roi. C’est cette année-là, dans ce pays glacé habité par l’aigle et le loup, que les héros et héroïnes de ce roman, vrais et fictifs, s’associèrent à des personnages historiques pour braver l’envahisseur. Mais l’un d’eux s’était trompé d’époque…

Sur une toile de fond authentique, l’auteur nous entraine de cette « guerre froide en Gévaudan » jusqu’aux confins de la Gironde où la « bataille de Coutras » menée par le futur roi de France, fait rage. C’est un grand roman de guerre et d’amour qui nous transpose comme son héros dans une lointaine époque, au cœur d’une France trop souvent oubliée où il n’était pas toujours facile de vivre. Jean-Paul Picaper, écrivain et journaliste, auteur de nombreux livres d’histoire et de politique, met en pratique avec ce roman une nouvelle méthode d’initiation à l’histoire. En nous identifiant aux personnages de fiction, si réels pourtant, il nous la fait vivre, au contact des faits et réalités.

Ce livre est un grand roman de guerre et d’amour qui nous transpose dans une lointaine époque, au cœur d’une ancienne France où il n’était pas toujours facile de vivre. L’auteur a inventé avec ce roman une nouvelle méthode d’initiation à l’histoire. En nous identifiant aux personnages de fiction, si réels pourtant, il nous la fait vivre, au contact des faits et réalités.Le sujet est la destruction d’un empire régional du Midi à la fin du Moyen-Âge autour d’un château-fort disparu et du massacre de Marvejols, l’Oradour du XVIème siècle. N’est-il pas curieux que, simulatnément, la chute des températures en ce siècle-là soit tombée pendant quarante ans, à partir de 1560, au même moment que ces guerres de religions?

Il y a fort à parier que la misère engendrée par cet épisode glacial ait poussé les gens à se rallier à une nouvelle religion huguenote qui leur semblait plus proche de leur Dieu que la vieille religion catholique et papale dont les dérives, à l’époque, leur paraissaient attirer sur les hommes la malédiction de l’Éternel. Il était temps que l’on parle enfin de la destruction d’un empire régional du Midi à la fin du Moyen-Âge autour d’un château-fort disparu et du massacre de Marvejols, l’Oradour du XVIème siècle. Et n’est-il pas curieux que la chute des températures en ce siècle-là soit tombée pendant quarante ans au même moment que ces guerres de religions, à partir de 1560 ? Il y a fort à parier que la misère engendrée par cet épisode glacial ait poussé les gens à se rallier à une nouvelle religion huguenote qui leur semblait plus proche de leur Dieu que la vieille religion catholique et papale dont les dérives, à l’époque, leur paraissaient attirer sur les hommes la malédiction de l’Éternel.

Le livre peut être commandé chez l’éditeur Jerome-Do Bentzinger, 8 rue Roesselmann, 68000 Colmar, Tel. : 03.89.24.19.74 - mail: jerome-do.bentzinger-editeur@wanadoo.fr et acheté chez le même éditeur, 27 rue du Fossé des Tanneurs, 67000 Strasbourg.