Divergences


L'amitié s'arrête-t-elle à la frontière ?

Les régions transfrontalières franco-allemandes, promues souvent régions européennes communes, ont subi bien plus que d’autres le contrecoup de la crise du Covid19. Elles ont fait un triste constat : la fermeture des frontières a montré que l'amitié entre Allemands et Français n'est pas aussi stable et profonde qu'on l'avait imaginé, mais superficielle et instable. Bien sûr, les discours de haine et les insultes xénophobes échangés ici et là ne sont pas tombés de la bouche des représentants les plus sages et les plus instruits de nos nations, mais de la bouche de sots. Il ne faut donc pas en conclure que le nationalisme est en train de refleurir.

Néanmoins, nombreux sont ceux qui pensent que les mesures de fermeture des frontières ne seront pas sans conséquences. Le ressentiment qu’on croyait depuis longtemps oublié a fait sa réapparition. "Sales Français, retournez dans votre pays !", ont pu entendre des automobilistes français. « Nazis, sales boches » se sont-ils entendus répliquer !

Dans le Bade-Wurtemberg, où le virus a particulièrement sévi, tout comme en Bavière, la crainte éprouvée à l’égard des visiteurs du Grand Est français (Alsace du Haut, du Bas Rhin et Lorraine) est encore grande. La frontière avait été rendue particulièrement étanche pour cette population de la rive gauche du Rhin, "surtout pour les achats et les loisirs" qui furent interdits. Les gens n'avaient le droit de se rendre que sur leur lieu de travail. Ils devaient emporter leur déjeuner dans de nombreux endroits car il leur était interdit d'acheter à manger sur place. Des Français qui voulaient effectuer des achats sur le sol allemand, sur la rive droite du Rhin, se sont même vu infliger des contraventions par la police allemande de 250 €, pouvant monter à 1 500 € en cas de récidive. Aujourd'hui encore, il y a des embouteillages car la police allemande contrôle attentivement chaque voiture.

D’aucuns assurent qu'à certains endroits, au début de l'épidémie, lorsque l'Alsace a été déclarée "zone rouge", la police allemande empêchait l'accès à l'Allemagne mitraillette au flanc comme lors de recherches de terroristes. Aussi plusieurs conseillers municipaux et députés alsaciens ont-ils adressé une lettre commune à Angela Merkel : "Nos concitoyens regrettent ces barrières qui provoquent une souffrance et un sentiment d'injustice dans notre région qui pourtant partage tant avec votre pays. Que devient le traité d'Aix-la-Chapelle? Que devient l'amitié franco-allemande? Que devient l'Europe?“, ont-ils écrit à la chancelière.

En conséquence, les contrôles ont été quelque peu assouplis à certains postes frontières. Mais le ministre fédéral allemand de l'intérieur, le Bavarois Horst Seehofer, a prolongé leur fermeture jusqu'au 15 juin sans donner de raison. "Beaucoup de porcelaine a été brisée", a déclaré le chef de la faction SPD au parlement du Land de Rhénanie-Palatinat. Enfin, le 24 avril en fin d'après-midi, Thomas Strobl, ministre de l'Intérieur du Bade-Wurtemberg, a pour la première fois évoqué la réouverture des frontières "sous certaines conditions". "Si la situation sanitaire entre le Grand Est et le Bade-Wurtemberg continue de s'équilibrer et quand les commerces auront rouvert en France, nous pourrons envisager une réouverture progressive des points de passage à la frontière", a-t-il expliqué, après s'être entretenu avec Jean Rottner, président de la région Grand Est.

Le 29 mars, deux municipalités frontalières de Rhénanie-Palatinat et de Lorraine, Hornbach et Bitche, avaient organisé une mini-manifestation de protestation (photo) contre la fermeture de la frontière à l'initiative d'un maire avec plusieurs collègues allemands et français et d'une députée française, Nicole Trisse (manteau rouge sur la photo). L'action a été soutenue par Paneurope Rhénanie-Palatinat.

Même si les frontières dans l'espace Schengen n'ont jamais été complètement fermées, (les travailleurs frontaliers sont autorisés à se rendre dans le pays voisin), mais plutôt sous contrôle avec des conditions strictes, les régions frontalières vont souffrir de l’effet Covid. L’Alsace, par exemple, et sa métropole Strasbourg n’ont pas seulement été impactées par la fermeture de la frontière avec l’Allemagne. Selon les cartes colorées publiées dans « Le Figaro » le 8 mai, pour la circulation active du virus, c’est-à-dire le risque de contamination, ainsi que pour la couverture des besoins en tests au 11 mai, l’Alsace était certes en zone verte. Mais sur la carte de France, elle était en rouge en raison de tensions hospitalières sur ses cas de réanimation. Et tel élu alsacien, président du département du Bas-Rhin, n’a rien arrangé en mettant en avant le « système de santé alsacien épuisé », -c’est, certes, une réalité-, et l’économie alsacienne « déjà si malmenée », -c’en est une aussi, mais son rôle ne serait-il pas plutôt de dire du bien de sa région et de remonter les moral des gens ?

S’ajoute que l’Alsace, surtout à Strasbourg, vit du tourisme, y compris international. Comment s’y prendra-t-on pour faire revenir les visiteurs dans la région ? Car même une fois la zone « décontaminée », elle restera marquée. Les clichés ont la vie dure, ne l’oublions pas, et il est très difficile de se remettre d’une mauvaise réputation. Ne parle-t-on pas encore, un siècle après, de la « grippe espagnole » alors que les Espagnols n’y étaient pour rien ?

Cette mortelle couleur rouge est plus répulsive que le virus,  plus visible en tout cas. La France aura été le seul pays d’Europe bi-colorisé sur les cartes. Ce n’était pas la meilleure idée. En d’autre temps, on y verrait les prémisses d’une guerre de sécession. Et cette caricature risque de rester dans l’inconscient collectif. Attendez que le Parlement Européen prenne le pli de ne plus venir siéger sur les bords de l’Ill. Strasbourg s’effondrera alors en parfaite santé. Solution ultime, on y fera du Bâtiment Louise-Weiss du Parlement Européen (qui figure sur le titre de notre page web) un spectacle son et lumière. (Jean-Paul  Picaper. Strasbourg. 12 mai 2020)


LE DEBAT ECOLOGIQUE

Contre la politisation du débat sur le changement  climatique.

La discussion sur le changement climatique tourne à l’hystérie. Elle se politise à l’extrême. Ce n’est pas nouveau. Dans les années 1970,  les Verts allemands, les « Grünen »  avaient remplacé la lutte anti-Vietnam et anti-USA par la lutte contre la « mort atomique » et la "mort des forêts". Puis il y eut une pause, suite à l’effondrement du Bloc soviétique. De nos jours, la vague verte remonte avec une extrême vigueur et provoque des contre-réactions non moins excessives de la droite extrême qui va jusqu’à nier les réalités tangibles d'un changement climatique que nous vivons tous les jours et dans lequel l'action humaine a sa part de responsabilité  Propagande et contre-propagande nous font oublier de quoi il s'agit vraiment et quel  est l’enjeu. Un objectif de notre association est de dépolitiser ce débat.

La majorité des jeunes des pays industrialisés brandissent le drapeau de l'écologie et font de la lutte contre le réchauffement climatique causé par les activités humaines une priorité absolue. Des concitoyens plus âgés se sentent moins concernés et prennent du recul. Peut-être trop de recul.  Mais pourquoi des partis et courants politiques font-ils du pour ou contre  l’écologie leur cheval de bataille ?

Entre ceux qui nous  annoncent l’apocalypse immédiate si  l’on ne fait rien et ceux qui vont jusque à nier le changement climatique en soulignant que les variations d températures du passé ont toujours été indépendantes des êtres humains, qu’elles furent d'origine naturelle, voire cosmique, un fossé se creuse. Les  divergences de vues sur le climat vont-elles provoquer un conflit des générations ? On peut avoir cette impression.

Mais c’est surtout un conflit gauche-droite qu’elles suscitent. Tout comme les divergences de vues sur l’immigration, ce schisme divise les sociétés.  Pourquoi est-il nécessaire de politiser un problème concret et mesurable qui concerne l'avenir de l'humanité ? Y a-t-il des gens dans notre société qui veulent cuire leur soupe politique sur tous les feux possibles et imaginables ? Ne serait-il pas préférable d’en parler en toute sérénité et tranquillité, comme nous parlons du coronavirus en évitant émotions  et paniques ?

Mais non, voilà que la droite radicale se mobilise pour dire que la pandémie du covid 19 est une invention de nos gouvernements et même de Wall Street. Là encore, on cherche à nous faire croire que la table carrée devant laquelle nous sommes assis, est ronde. Il est vrai que certaines lunettes idéologiques peuvent la faire apparaître telle.

 Il y a évidemment des sujets qui se prêtent à la politisation, et d'autres qui ne s'y prêtent pas ou qui s’y prêtent moins.

Deux facteurs

Qu'est-ce qui a rendu le changement climatique si facilement politisable ? Les facteurs sont de deux ordres : l’un est interne et l’autre est externe.

Le facteur interne vient du fait que le réchauffement provoqué par l'homme est lié à l'industrialisation et que près de deux cents ans après la première révolution industrielle, il y a encore des gens qui ne s’accommodent pas du genre de vie et de l'organisation de la société productive. Le "retour à la nature" a toujours existé et, heureusement, existera toujours. Seulement, nous vivons de plus en plus dans un monde artificiel créé par l'industrie et tout bien réfléchi, les avantages dépassent largement les inconvénients. Le progrès industriel a rendu le monde plus habitable. On vit de plus en plus longtemps, en meilleure santé et en plus grand nombre. Mais la vague romantique anti-industrielle a produit de nombreux penseurs qui se prétendaient « scientifiques », Karl Marx en tête, et des mouvements politiques oppositionnels se sont développés sur cet humus. Ils prétendaient apporter le bonheur sur terre et n’ont  déclenché que des malheurs. Parce que notamment, ils n’étaient pas scientifiques. Notons en passant que le racisme hitlérien prétendait lui aussi être scientifique et que tous ses présupposés ont été réfutés par la génétique moderne.

Le facteur externe, c’est ce fiasco du marxisme qui a prouvé que cette idéologie mène à des catastrophes économiques et produit des dictatures politiques odieuses, non pas par hasard  (mot d’ordre : la prochaine fois, nous ferons mieux), mais parce que l’échec était inscrit au départ dans la doctrine. À la fin du XIXe siècle, les réformateurs sociaux-démocrates avaient déjà compris que la révolte marxiste du soi-disant prolétariat n'aurait jamais lieu. Ce n'est que dans la dépression et le chaos des guerres que le communisme a pu se hisser au pouvoir. Les arguments fondamentaux du marxisme-léninisme-maoïsme tels que la "dictature du prolétariat", la "socialisation (nationalisation) des moyens de production", la production par « planification centralisée » et la création d'une "élite du prolétariat" en marche vers le stade final du "communisme", voilà les véritables causes de la catastrophe. En Russie, en Chine, à Cuba, en Asie du Sud-Est, l'économie de marché et l'esprit d'entreprise ont été réintroduits pour mettre fin à la paupérisation totale de la société. Il ne reste de l’expérience communiste que quelques dictatures policières et militaires. Quant à l’autre totalitarisme, celui de droite, l'idéologie du national-socialisme et du fascisme, ne peut être ressuscitée elle no n plus parce que les crimes, en particulier ceux du Troisième Reich, ont atteint le sommet de l'inhumanité et de la déraison et libéré la bête immonde en l’homme. Mais Staline, Mao et leurs épigones et imitateurs de gauche n'étaient pas meilleurs que l'extrême droite hitlérienne. Tous à mettre dans le même sac. Par conséquent, le monde d'aujourd'hui n'a plus d’idéologie déviante pour le présent, ni d'utopie pour l'avenir.

Le marxisme revient par l’entrée des artistes

L'Europe a souffert et surmonté tout cela. Les pays d'Europe centrale et orientale surtout, n’ont pas oublié le passé communiste, mais en Europe occidentale, des générations ont été élevées dans la plus haute estime de l'idéologie marxiste sans avoir à en subir les inconvénients. Ces générations jeunes et moins jeunes post-soixante-huitardes  restent imprégnées d’un marxisme dévalorisé. Elles ne sont pas vaccinées contre le mal. Du coup, dans le vide qu’une démocratie pas très exaltante et qu’une économie de marché très matérialiste ne peuvent combler,  un espace peut accueillir les rêveurs et exaltés politiques,  les fanatiques religieux, les sectes politiques, les immigrationnistes forcenés, les  illusionnistes. Pas étonnant qu’une extrême droite moribonde et qu’un marxisme frelaté cherchent à s’enraciner dans ce terreau.  Le vide est tel au 21ème siècle que les métastases du 20ème siècle font leur réapparition, y compris celles du national-socialisme.

Pour le moment, le postmarxisme est encore le courant dominant. Or, personne ou presque ne veut  plus  du socialisme-communisme comme mode de vie collectif. Il doit donc avancer masqué. Il tente de se rendre acceptable et séduisant sous des couches de vernis rose ou vert et de s’immiscer dans nos sociétés par l’entrée des artistes écologique. Le marxisme rouge peint en vert et veut pousser l'État et la société vers une dictature écomarxiste, dans laquelle les forces progressistes vertes seraient à la barre.  Le cocktail politique de ces forces-là est à base d’« anticapitalisme" rendu plus attrayant par un zeste d’écologisme, de féminisme, de gendrisme, qui  s'accroche comme une patelle à la réforme des retraites, à la réforme de la SNCF,  au mouvement féministe radical, etc. Encore heureux qu’il ne nous inflige pas la lutte contre les épidémies au titre de lutte anticapitaliste. Le mouvement "me-too", aussi justifié soit-il dans des cas très particuliers, vise lui aussi à généraliser la méfiance, voire la haine des femmes envers les hommes.

Ainsi la société devient-elle foncièrement antagoniste et haineuse  et là est le vrai danger, plus que dans le changement climatique. Et la droite de la droite contribue à renforcer cette dérive en surréagissant.

La menace du grand effondrement

À cette fin, comme dans les sectes religieuses et l'islam radical, on construit une menace apocalyptique pour créer un climat qui pourrait nous faire accepter un changement de système. Nous vivons, paraît-il, à la fin des temps. Tout ce qui a précédé est déclaré obsolète et doit être jeté par-dessus bord.  On est même censé abandonner la merveilleuse division des humains en deux sexes, la plus merveilleuse des aventures humaines, source d’immenses inspirations littéraires et artistique, source de civilisation créatrice, au profit d'une idéologie du "genre" abstraite et stérile. Par ailleurs, les institutions économiques et politiques avérées  qui, malgré leurs défauts et leurs faiblesses, nous ont apporté prospérité et santé pendant des décennies, devraient être jetées aux orties.  Et là-dessus, la gauche radicale comme la droite radicale sont d’accord et le radicalisme religieux les rejoint.

Certes, rien n’est parfait ici-bas. Personne ne peut nier les noirceurs au tableau social ni le danger climatique causé par nos activités désordonnées et chaotiques. Mais, avant de mobiliser la planète, chacun ne devrait-il pas commencer par balayer devant sa porte ? La plupart des gens vivent aujourd'hui comme si les ressources étaient inépuisables et comme si  leur propre comportement n'avait aucune conséquence pour l’avenir de la planète. Ne devrait-on pas freiner le gaspillage de combustibles fossiles et de nourriture ? Pour beaucoup de gens de gauche, l'écologie n'est qu'un prétexte pour mettre la société libre et ses libertés sens dessus dessous. Et pour une certaine droite – nous y incluons l'AfD en Allemagne et le RN en France - la propagande anti-écologique n'est qu'un fond de commerce politique, comme l'ont été la campagne anti-euro et l'agitation anti-migration. Ce ne sont que des prétextes pour recueillir des suffrages. Pourquoi l'AfD s'intéresse-t-elle soudainement au climat ? Elle ne réagit pas au changement climatique, mais aux campagnes climatiques de la gauche. Certes, il est bon de mettre en garde contre la dictature écologique, mais l’AfD en Allemagne et le RN en France ne sont pas historiquement  crédibles en matière de lutte contre la dictature.

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Or, il existe bel et bien, le changement climatique. Notre climat oscille entre « le chauffage et le givrage ».  Sans parler de la production de déchets plastiques, de la pollution atmosphérique tueuse, des produits chimiques cancérogènes et des conséquences néfastes de notre mode de vie d’enfants gâtés de la prospérité. Cela inclut l'incroyable habitude qu’ont beaucoup de Français de ne pas couper le moteur de leur voiture, camion ou tracteur lorsqu'ils parlent à des amis ou vont boire un café. Pourquoi ne pas utiliser le vélo plutôt que la voiture ? Pourquoi ne plus jeter son mégot ? Pourquoi ne pas changer nos habitudes, en discuter calmement et utiliser les connaissances scientifiques pour rendre la terre plus habitable ? Certaines personnes le font. Face à une épidémie, on change de comportement. Il faut aussi le faire pour la planète.

Certes, il y a toujours eu des changements brusques de température tout au long de l'histoire de la Terre, et certains affirment même que, du moins en Europe, nous nous dirigeons vers un refroidissement plutôt que vers un réchauffement. Il n'existe aucune preuve définitive et concluante pour l'une ou l'autre de ces thèses. On peut cependant voir à l'œil nu que quelque chose change dans les phénomènes naturels. Les inondations, les ouragans, la sécheresse, les incendies de forêt et les vagues de chaleur, le recul des glaciers et de la neige, l’extinction des espèces, ont toujours existé, mais actuellement tout cela s’intensifie et s’accélère. Dans notre association pro-européenne, nous sommes politiquement neutres. Nous voulons atténuer les conflits d'opinion dans tous les domaines et ramener le débat au ras des pâquerettes par nature apolitiques. (Jean-Paul Picaper - 09.03.2020)

AVERTISSEMENTS

L'UE sur la mauvaise pente : l’idée du sauvetage climatique se substitue au marxisme-léninisme

Le sauvetage du climat est au cœur de la nouvelle doctrine salvatrice de l'UE. Il est évoqué dans tous les discours, ne doit plus manquer dans aucun programme. Pratiquement toute idée mise en vente doit être labellisée « sauvetage du climat ».

Ce label a remplacé le marxisme-léninisme qui était la marque de fabrique des anciens États du Bloc soviétique. À cette époque, pendant la guerre froide, rien ne fonctionnait sans référence à l’idéologie marxiste-léniniste vouée à sauver le monde et qui a finalement mené l’Europe de l’Est  à une cruelle tyrannie et à un abîme économique.

Pour sauver le climat, la Commission européenne (avec le soutien du Parlement Européen) a maintenant proclamé l’évènement du « Green Deal ». Des milliers de milliards d'euros vont être "investis" dans ce projet.

Ce n'est pas par hasard qu’on a donné ce nom au projet. Il doit rappeler le « New Deal » de Roosevelt aux États-Unis, proclamé après la Grande Dépression des années 1930. Beaucoup de gens croient encore que ce New Deal a sauvé les États-Unis (c'est pourquoi beaucoup de gens utilisent encore le terme de manière positive). En fait, il est prouvé depuis longtemps que ce « New Deal » a été un désastre économique.

Le « Green Deal » d'aujourd'hui est censé générer une restructuration complète de l'économie européenne. D'ici 2050, l'UE veut être neutre sur le plan climatique - quel que soit le terme utilisé - et, dans le même temps, elle est censée rendre l'économie plus innovante et l'Europe encore plus sociale. Ce qui transparaît et qui sonne bien dans ces slogans, c'est l'idée que l'économie planifiée est capable de créer la truie qui pond des œufs.

De l'Agenda de Lisbonne au Green Deal

Dans de nombreux domaines, le Green Deal rappelle l'Agenda de Lisbonne présenté en 2000, qui visait à faire de l'UE "l'économie basée sur la science la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici 2010". Cela n'a pas réussi. On l’a remplacée par la "Stratégie Europe 2020", lancée en 2010, qui poursuivait des objectifs similaires. Dans les simulations in vitro de la planification économique, on a suggéré des effets multiplicateurs qui n'ont jamais existé. Si cet effet multiplicateur qui consistait à anticiper qu’un euro investi par les pouvoirs publics engendre un plus de prospérité équivalent à plusieurs euros, avait été une réalité, les États endettés auraient pu investir en s'endettant. Or ce genre de calcul cher à l’économie planifiée a toujours échoué.

Un socialiste pur et  dur est responsable du Green Deal

En fait, un système économique qui mise sur l'esprit d'entreprise maintient toujours un certain niveau de prospérité. Par conséquent, nous ne devons pas perdre de vue la zombification de l'économie mentionnée ci-dessus et les gigantesques détournements de billions de dollars en faveur du « Green Deal ». Ils constituent un scénario qui fait peser une menace sur notre économie. Le fait qu’un socialiste intransigeant tel Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, soit responsable du Green Deal peut être considéré comme une menace supplémentaire.

Le primat de la politique sur la rationalité économique

En outre, la Commission européenne a déjà annoncé d'autres mesures économiques qui nous mèneront droit à l'abîme. Bien que les critères de stabilité pour l'euro aient été jetés par-dessus bord du jour au lendemain dans le brouillard qui couvre le prétendu sauvetage de l'euro, ces critères sont jusqu'à présent toujours valides et l'objectif était de ramener les États de l'UE à ces critères de Maastricht. Surtout à ceux concernant la dette publique.

La Commission a annoncé qu'elle présentera bientôt un catalogue des "investissements verts"  qui ne seront plus inclus dès lors dans la dette publique des États-membres. Cela aboutirait donc à l’extinction des critères de stabilité. Par une magie réglementatrice, la dette serait définie comme une absence de dette. De ce fait la prochaine crise bancaire est préprogrammée. Heureusement, la Commission européenne et le Parlement européen ne peuvent pas encore mettre en œuvre ces plans sans l’agrément des États membres.

Seulement, la sauvegarde du climat a été déclarée priorité politique majeure dans les États membres. Des projets tels que la redéfinition des dettes en non endettement pour les "investissements verts" se retrouvent également dans des programmes gouvernementaux comme celui de l'Autriche (voir sous « Actuel » notre évaluation du programme gouvernemental de Vienne) sous une forme similaire.

Comme toujours, en politique, il est important de ne pas s’en tenir aux annonces mais d'évaluer les actions concrètes  qui les suivront. Reste que les annonces politiques de l’Union Européenne dont la Commission, en tant que gardienne des traités, est largement responsable, devraient susciter l’attention des gens raisonnables et des forces qui les représentent. Ouvrons l’œil et le bon, comme on dit. (Rainhard Kloucek - février-mars 2020)

ENCOURAGEMENTS

Environnement et nutrition : les mesures politiques ne servent à rien si personne ne change son mode de vie

par Elisa Mayböck, rédactrice co-responsable de l'Atelier de Strasbourg

Dans l'un de mes cours à l'université intitulé "Idées politiques du présent", le maître de conférences a improvisé un vote rapide sur les "habitudes alimentaires". « Juste pour voir », a-t-il dit. Et le résultat n’a pas manqué d’intérêt. La moitié des votants ont déclaré qu'ils pratiquaient un régime sans viande. L'autre moitié s'est sentie obligée de justifier sa consommation de viande au vu du résultat du vote. Du moins, telle fut mon impression. Des déclarations telles que "Je ne mange de la viande qu'une fois par semaine" ou "L'origine et la qualité de la viande sont très importantes pour moi" ont été exprimées plus d'une fois.

Étant végétarienne, j'ai d'abord été très satisfaite du résultat du vote. Je me suis vue confirmée dans ma conviction qu'un régime sans viande rendait possible de façon relativement simple le respect  de l’environnement et des ressources. Dans un second temps, cependant, je me suis rendue compte qu'une proportion de 50 % de végétariens parmi les étudiants ne reflétait pas fidèlement, bien entendu, la population autrichienne – pas plus que la moyenne européenne. Or, dans ce cours, il n'y avait que des étudiantes âgées de 18 à 35 ans. Des études attestent que la proportion de végétariens est plus élevée chez les femmes que chez les hommes et qu'elle augmente avec le degré d’instruction.  Nous autres, les étudiantes de ce cours, étions donc le groupe cible d'un régime sans viande.

"Ce cours m'a fait réaliser une fois de plus à quel point nous sommes sur certains sujets « prisonniers » de nos propres opinions et conceptions et qu'il est souvent très difficile d'affirmer une opinion divergente alors que ce serait pourtant très nécessaire."Voilà à quoi ressemble ma réalité en termes de protection de l'environnement et du climat : je suis réticente à acheter des produits emballés dans du plastique. Cela va si loin que j'envoie des e-mails aux chaînes de supermarchés pour leur demander de reconsidérer leur politique d'emballage et, au mieux, de les remplacer par  des matériaux écologiquement compatibles. Étonnamment, on reçoit des réponses partiellement détaillées à ces courriels de la part des responsables. Le régime végétarien déjà mentionné et l'achat de produits de saison et régionaux font également partie de la réalité de mon mode de vie écologique. S’y ajoute le "flight-shaming", c'est-à-dire la mauvaise conscience au moment de monter en avion, alors qu'un voyage en train serait tout aussi possible (comme mon voyage de Vienne à Rome l y a quelques semaines).

Ces considérations peuvent sembler drastiques pour certains  et d’autres peuvent s’en moquer en y voyant la patte du mouvement Fridays-For-Future. Mais cela ne me fait pas sourire, moi, quand je pense à l'avenir de notre planète. Je ne fais pas ça par hystérie, ni pour semer la panique. Ce n'est rien d'autre que la conclusion qui doit être tirée de la grande majorité des études et documents scientifiques. C'est pourquoi tous les partis et forces politiques doivent s’épauler pour résoudre les problèmes qui viennent à nous. Il n'y a tout simplement pas de place dans tout cela pour le déni d'un changement climatique provoqué par l'homme. On ne peut passer outre aux réalités.

Aussi sensées et bien intentionnées les mesures politiques soient-elles dans ce contexte, elles ne seront d'aucune utilité si chaque individu ne commence pas à changer peu à peu son mode de vie. Cela va inévitablement de pair avec le renoncement et le renoncement est une chose dont les gens, attachés à leurs habitudes, se méfient. Je suis bien consciente de jouir d'une situation privilégiée : les légumes et les fruits du jardin de mes parents, le lait et les œufs de la ferme de mes grands-parents et le pain et les pâtisseries du boulanger bio de ma ville natale couvrent une grande partie de mes besoins alimentaires. Néanmoins, chacun doit contribuer au mieux de ses capacités à un avenir respectueux de l'environnement, indépendamment de son idéologie politique et de son appartenance à un parti. Et si le mouvement des "Fridays For Future" a mobilisé ne serait-ce qu'une petite partie de la population et l'a incitée à prendre des mesures ou à changer des habitudes néfastes pour l'environnement, il est justifié et ne mérite pas d'être rejeté comme alarmiste. (E.M. - 12.3.2020)

Lutter pour le climat et la biosphère au quotidien

Les scientifiques nous ont avertis que le climat pourrait bientôt être complètement incontrôlable et que nous sommes sur le point de voir basculer des systèmes biologiques entiers, tels une forêt tropicale. Il en va de même pour la glace dans l'Arctique. C'est trop tard pour les forêts tropicales en feu et la fonte des calottes polaires. Il se peut que tout le climat s'effondre et que nous nous retrouvions bientôt dans un cauchemar d'où il n'y aura plus de réveil. Cela vaut aussi pour la biosphère où de nombreuses espèces végétales et animales peuvent s’éteindre quand la raréfaction de leurs représentants atteint le point de non-retour.

Climat : l’empreinte carbone

Parlons du climat. Nous avons encore une petite fenêtre de dix ans pour réduire de moitié l'empreinte carbone mondiale. Et trente ans pour le ramener à zéro ! Mais cela nécessite d'urgence des investissements massifs dans les énergies propres et l'emploi. L'Europe est sur le point de jouer un rôle de pionnier. L'UE a adopté un accord vert historique qui pourrait annoncer une révolution climatique mondiale. Mais les partisans des combustibles fossiles ont déjà fait échouer des éléments importants de ce plan - alors montrons par nos votes et nos sondages à grande échelle un soutien massif pour le climat dans toute l'Europe !
Nous devons nous concentrer sur la biosphère et ne pas nous servir de l'écologie pour renverser un système économique qui fonctionne plutôt bien, mieux en tout cas que les systèmes dirigistes du 20ème siècle. L'économie doit rester efficace pour le bénéfice de tous et continuer à fonctionner en suivant l'évolution des conditions climatiques. Un "Krach" économique serait une catastrophe pour l'humanité. La catastrophe climatique doit être évitée en investissant massivement dans des technologies et des emplois durables et respectueux de l'environnement, afin que l'ensemble de l'économie puisse progressivement se détacher des combustibles fossiles. C'est pourquoi l'idée de l'accord vert européen pourrait être si efficace : un avenir contraignant et sans carbone que personne n'abandonnera.

Commencer par l'Europe est le meilleur moyen de déployer ce plan dans le monde entier - pour réaliser notre vision d'un monde basé sur une énergie 100% propre. C'est pourquoi nous ne pouvons quitter l'énergie nucléaire– malgré les risques qu’elle implique - tant du moins que des énergies alternatives ne fourniront pas l'essentiel de nos besoins.

La pollution plastique

Pour en rester aux mesures sectorielles, le 12 juin dernier, une directive européenne a été publiée interdisant la mise sur le marché de plusieurs produits en plastique à usage unique. Le parlement européen l’avait adoptée le 27 mars sur proposition de la Commission. Il s’agira des pailles en plastique, couverts et assiettes, touillettes à café, tiges pour ballons et cotons tiges, etc. On peut consulter leur liste sur Internet. La directive s’applique aussi aux récipients en plastique utilisés en cuisine et aux filets de pêche. Tous ces produits en plastique seront bannis de l’Union Européenne à partir du 3 juillet 2021.

La directive fixe aussi aux États membres un objectif de collecte de 90 % des bouteilles en plastique d'ici 2029. Les bouteilles commercialisées dans l'UE devront contenir au moins 25 % de plastique recyclé en 2025 et au moins 30 % en 2030. Concernant les sacs en plastique non biodégradables, sacs poubelle, sac de caisse commercial, le sac sous vide, le publi-sac, etc. Au début du XXIe siècle, leur fabrication absorbait environ 4 % de la consommation annuelle de pétrole. Ces sacs, posent de nombreux problèmes environnementaux, et particulièrement dans l'environnement marin, ce qui conduit à leur interdiction progressive par de nombreux pays. En 2015, le Parlement européen a signé un texte sur la réduction massive de sacs plastiques à usage unique. L'accord prévoit une réduction progressive de l'utilisation des sacs plastiques. En 2019, chaque État membre devra réduire son utilisation à 90 sacs plastiques par personne et par an, puis à 40 sacs en 2025[]. Le recours aux sacs plastiques est très différent d'un pays à l'autre au sein de l'Union européenne. Les meilleurs élèves sont le Danemark et la Finlande avec une utilisation de 4 sacs par an et par habitant. Les mauvais élèves sont le Portugal et la Pologne ainsi que la Slovaquie où leur consommation s'élève à 450 sacs plastiques par habitant et par an. Selon l'industrie plasturgique française et européenne, cette interdiction a un autre effet bénéfique, à savoir que ces sacs fins en plastique étaient depuis longtemps importés à 98 % de Chine.

La France prépare de son côté une loi antigaspillage dont une des mesures clés a été votée à l’unanimité le 13 décembre dernier par son Assemblée nationale. Il est question dans ce contexte d’« économie circulaire » c’est-à-dire d’une économie dont les produits se recycleraient sans pertes ou avec le moins de pertes possible pour sortir du cycle de production-destruction dont nous sommes encore prisonniers. La mesure adoptée stipule l’interdiction de la destruction des invendus non-alimentaires, tels les produits d’hygiène et de textile qui devront être donnés ou recyclés à partir de 2022. Ou pour les produits d’hygiène de première nécessité, comme le savon, le dentifrice ou encore les protections hygiéniques, le don aux associations et autres structures de l’économie solidaire sera même obligatoire et le recyclage interdit.

Faire de l’Europe un exemple

Devenir le premier continent climatiquement neutre au monde d’ici à 2050 est le plus grand défi et la plus grande chance de notre temps. La Commission européenne a présenté à cette fin le 11 décembre dernier le Pacte vert à pour l'Europe, un ensemble de mesures extrêmement ambitieuses qui devrait permettre aux citoyens et aux entreprises de l’UE de profiter d’une transition écologique durable. Ces mesures seront accompagnées d’une première feuille de route constituée d’une série de politiques clés, depuis la réduction ambitieuse des émissions aux investissements dans la recherche et l’innovation de pointe, afin de protéger l’environnement naturel de l’Europe.

Soutenu par des investissements dans les technologies vertes, les solutions durables et les nouvelles entreprises, le Pacte vert pour l’Europe peut constituer une nouvelle stratégie de croissance pour l’UE. La participation et l’engagement du public et de toutes les parties intéressées sont indispensables à son succès. D'énormes campagnes mondiales, des publicités dans les principaux médias et des sondages d'opinion montrant un soutien massif du public : Il faut que partout, les gens réclament enfin des mesures efficaces pour faire face à la crise climatique.

Le moment est venu ! Au lieu d’être simplement les spectateurs de la lutte pour l’avenir de la planète ou de sa dégradation, nous pouvons nous battre activement pour ell. À l'heure actuelle, les lobbyistes font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher la mise en œuvre de ce grand plan. Défendons-le, pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour les générations à venir. (Niels Gans – 16 décembre 2019)


Persécution de chrétiens dans le monde

En 2010, on l’avait condamnée à la pendaison pour blasphème. Blasphème comme ses bourreaux le concevaient envers cette chrétienne pratiquante au Pakistan. Elle a passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort. Acquittée en 2018, suite aux protestations et campagnes internationales en sa faveur, Asia Bibi s’est réfugiée au Canada l’an dernier. Elle voudrait acquérir la nationalité française pour continuer à œuvrer avec la journaliste française Anne-Isabelle Tollet qui a contribué à sa libération.

Elle vient  de publier avec elle un livre sur sa tragique odyssée intitulé « Enfin libre ! », paru aux Éditions du Rocher à Paris. Elle y raconte notamment comment un verre d’eau lui avait valu d’être condamnée à mort. Dans son village du Pakistan, on lui avait proposé de boire un verre d’eau à la fontaine et elle l’a bu. Des voisines sont alors allées trouver le responsable religieux du village pour lui dire qu’elle avait bu de l’eau dans une timbale réservée aux musulmans.

Il n’en fallut pas plus pour que cet homme estime qu’elle avait commis une insulte envers la religion du prophète. Mais évidemment, c’était un prétexte. Elle était déjà en conflit avec  lui et ses accusatrices et ils s’en sont servis pour la faire condamner à mort. En attendant la corde, elle fut incarcérée à l’isolement. Elle entendait d’autres femmes également détenues l’insulter régulièrement  et exiger qu’elle soit exécutée. Maintenant, elle travaille avec son amie à obtenir la libération de personnes détenues pour faits religieux.

Pas seulement les bouddhistes du Tibet et les musulmans du Ouigour occupés par la Chine subissent des injustices et des sévices graves, comme nous l’exposons ci-après dans notre rapport sur les camps de concentration chinois, mais aussi des chrétiens. Surtout dans les pays du Moyen-Orient, mais aussi en Extrême-Orient. C’est ce qu’expose dans un magazine récemment publié (« Corée du Nord- Transpercer les ténèbres ») l’association protestante « Portes ouvertes » (Directeur de publication René Koning, Imprimerie Commerciale, 2, rue de l’Artisanat, 67250 Strasbourg). Dans son éditorial, Patrick Victor, Directeur de Portes Ouvertes en France écrit : « « Dieu seul peut apporter la lumière dans l’endroit le plus ténébreux de la planète : la Corée du Nord ». On trouvera sur leur site www.portesouvertes.fr tous les renseignements sur cette association qui fait un travail bien utile et généreux en faveur des chrétiens persécutés dans le monde.

 En Corée du Nord, posséder une Bible est considéré comme un crime contre l’État.  En Chine le maître du pays, Xi Jingping, n’interdit pas réellement l’Evangile. S’érigeant évangéliste, il la  réécrit et c’est la sienne, évidemment, qu’il faut lire (voir ci-après)  (MP et JPP – 04.0.3.2020)


L’Évangile selon Xi Jinping

La dictature  chinoise ne s’exerce pas seulement à l’encontre des musulmans dans ces camps de « rééducation », déguisés  généralement en « centres de formations professionnelle », sur les quels notre ami Paul Larreya a attiré ci-dessus notre attention.  Le dirigeant de la Chine le plus totalitaire depuis Mao Zedong, le président chinois Xi Jinping, veut intégrer toutes les religions, dans sa propre doctrine. Il veut faire rectifier et réécrire non seulement le Coran, mais aussi la Bible et les sutras bouddhistes afin de les mettre en conformité « avec les exigences de la nouvelle époque ».

La « nouvelle époque » est une formule codée qui fait référence au règne de  Xi Jinping dont la pensée a été fixée dans la Constitution de 2018, suite à un Congrès du Parti à sa gloire. Lors d’une réunion le 6 novembre 2019 les autorités chinoises ont exhorté les représentants des principaux cultes religieux à mettre les traductions en chinois de leurs textes religieux au diapason de la nouvelle doctrine. « Pour les contenus non conformes, il faut des modifications et il faut retraduire les textes », a rapporté l’agence officielle Xinhua.

Jusqu’ici  et depuis la création de la République populaire communiste en 1949, Pékin s’était contenté d’embrigader les religions dans des organisations dites « patriotiques ». La pratique des cultes s’était alors réfugiée dans des communautés souterraines, visées donc par les persécutions. Mais c’est la première fois que l’État communiste veut transformer les messages religieux et aligner la pensée de leurs fidèles sur la sienne. Depuis quelques temps, on accroche des drapeaux rouges dans les temples et des banderoles de propagande dans les mosquées. A Ji’an, dans la province du Jiangxi, le portrait de Xi Jinpig a remplacé la Vierge Marie et  l’enfant dans une église catholique.

Cette offensive s’inscrit dans la foulée de l’accord conclu entre Pékin et le Vatican en 2018, marqué par la reconnaissance par le pape de sept évêques désignés par le régime. Cet accord a été qualifié de « trahison » par des dignitaires catholiques chinois. Une fois de plus, en Extrême-Orient cette fois, le pape François a fait preuve de crédulité en sous-estimant la volonté destructrice ses interlocuteurs. Le Parti communiste chinois veut étendre son emprise sur les consciences.  (D’après « Le Figaro » du 23 décembre 2019, p. 8)


Les camps de "rééducation" en Chine : le Xinjiang

Des naïfs dont nous-mêmes sans doute croyaient après l'ouverture du Mur de Berlin que la démocratie allait se répandre dans le monde. Le totalitarisme au contraire progresse avec ses corollaires, l'inversion de la perception des réalités et le retournement de la morale.

Selon notre ami angliciste, Paul Larreya ce qu’a écrit le romancier Georges Orwell dans son roman « 1984 » à propos du totalitarisme, était très en-deçà de la dictature chinoise dont la dangerosité est très largement sous-estimée » dans le monde aujourd’hui. « Orwell was an optimist », déclare notre ami. Il est évident que l’Empire du Milieu repeint en rouge s’apprête à dominer le monde d’ici une ou deux générations. 

La Chine progresse insidieusement, elle s’infiltre comme l’eau. Aujourd’hui, une poignée d’étudiants de Hong-Kong défie l’énorme dragon communiste de Pékin (Beijing).  Le régime n’ose pas les écraser d’un coup sous son rouleau compresseur car Hong-Kong est trop visible. Il procède autrement avec la minorité musulmane des Ouighours et Kazakhs dans la province chinoise du Xinjiang.

Des camps de concentration

L'expression camps de rééducation du Xinjiang est le nom officiel de camps d'internement construits à partir de 2014 dans le but d'interner des centaines de milliers de musulmans pratiquants. Ces camps opèrent en dehors du droit chinois et de nombreux Ouïghours y sont internés sans procès ni aucune charge retenue contre eux. Les prisonniers y sont torturés, physiquement et mentalement

La Chine nie l'existence de ces camps avant d'en reconnaître officiellement l'existence en octobre 2018. Elle les décrit comme des centres de formation professionnelle, avec pour objectif de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme musulmans. De nombreuses sources parlent de camps de concentration.

La Chine communiste a longtemps utilisé des systèmes pénaux sévères pour les dissidents et les prisonniers politiques. Une branche, connue sous le nom de laojiao, ou rééducation par le travail, existait en dehors du système pénitentiaire ordinaire. Les personnes ont été internées pour être rééduquées par des organismes de sécurité publique sans procès ou procédure judiciaire. Ce dispositif a été largement utilisé pour les dissidents et les petits criminels, selon Adrian Zenz, spécialiste en méthodes de recherche sociale. En 2013, le gouvernement chinois a fermé ce système, le voyant comme une relique du passé. À l'époque, Adrian Zenz estime qu'il disposait de 350 installations avec environ 160 000 personnes.

Frapper fort

La campagne Frapper fort contre l’extrémisme violent (Strike Hard) a commencé en 2014. Selon Human Right Watch : « Le degré de répression a nettement augmenté après que Chen Quanguo, secrétaire du Parti communiste, a quitté son poste dans la région autonome du Tibet pour prendre la tête de la région du Xinjiang, fin 2016".

À partir de 2017, les autorités chinoises commencent à ériger rapidement un système de « rééducation » destiné à la population Ouighours et autres minorités musulmanes, y compris les Kazakhs. Comme la version antérieure du laojiao, le nouveau système d'incarcération devait être extrajudiciaire : aucune procédure régulière, aucune règle de droit. Selon Adrian Zenz, spécialiste allemand du Xinjiang, l'échelle est énorme ; Il y a maintenant plus de 1 million d'Uighours et d'autres incarcérés, soit 11,5 % de la population ouighoure du Xinjiang. Il peut y avoir près de 1 200 installations. Dans une conférence à l'Université de « Harvard Fairbank Center for Chinese Studies », Adrian Zenz les a décrits comme lugubres, avec des planchers rustiques, tours de guet, pas d'arbres, des clôtures et des heures sans fin de « rééducation » pour faire que les prisonniers pensent comme la majorité  Han chinoise. Il souligne que l'intention n'est pas de tuer les personnes, mais de tuer la mémoire de qui ils sont, d'anéantir leur identité distincte, la langue et l'histoire. L'idéologie communiste est inculquée aux détenus qui subissent des tortures et sont forcés à manger du porc et à boire de l'alcool.

En avril 2019, la Banque Mondiale ouvre une enquête pour déterminer si un prêt de 50 millions de dollars effectué en 2015 par la Chine, officiellement pour financer cinq collèges locaux, aurait été utilisé pour financer les camps d'internement du Xinjiang. L'enveloppe faisait partie d'un plus gros prêt de 1,5 milliards de dollars prêtés par la Banque à la Chine cette année

Nombre de détenus et conditions de détention

En 2018, le nombre des détenus est estimé à un million par Amnesty International et par les Nations Unies. Selon Adrian Zenz les enfermements d’Ouïghours, mais aussi de membres des minorités kazakhes et kirghizes se sont intensifiés en 2018, un musulman sur six serait concerné. En mai 2019, le gouvernement américain estime le nombre de détenus à 3 millions.

Les camps regroupent de façon séparée les hommes et les femmes. Pour Rebiya Kadeer, « c’est un système arbitraire total, une sorte de détention préventive, basés sur la détention administrative, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été condamné pour y être emprisonné. Nulle procédure, nulle possibilité de recourir à un avocat et même nul chef d’inculpation. On peut rester dans ces camps très longtemps, certains à perpétuité ».

Dans les camps de rééducation du Xinjiang, plusieurs techniques d’endoctrinement permettent d’inculquer aux détenus Ouïghours l’amour du Parti communiste chinois et de Xi Jinping. Dans certains camps, les prisonniers sont obligés d’abandonner la bénédiction musulmane habituelle dite avant de manger, la bismillah, par des remerciements à Xi Jinping. Selon des témoignages d’anciens détenus, des femmes musulmanes sont stérilisées via des injections. D'autres témoignent de tortures par électrocution et de violences sexuelles.

Présentation par les autorités chinoises

La Chine reconnait officiellement l'existence de ces camps le 9 octobre 2018. Les camps sont décrits comme des centres de formation professionnelle spécifiques aux musulmans.

Pour Shohrat Zakir, le numéro deux du Parti communiste chinois dans la province, « l'objectif de ce programme était de se débarrasser de l'environnement et du terreau qui nourrissent le terrorisme et l'extrémisme religieux ».

Pour Chen Quanguo, chef du Parti communiste de la région, les camps doivent « enseigner comme des écoles, être gérés comme à l'armée et défendus comme des prisons ». Selon une directive de 2017, les participants aux camps passent le temps « à crier des slogans, chanter des chants révolutionnaires et apprendre par cœur le Classique des trois Caractères ».

La télévision d'État explique que l'admission dans les camps est facultative. Elle montre des images d’étudiants apprenant le chinois et des métiers dans l’alimentation et le textile. La Chine présente donc les camps comme des écoles. En 2018, le magazine Bitter Winter a toutefois publié des vidéos qui auraient été tournés à l’intérieur des camps, qui y apparaissent plutôt comme des prisons. Pour le sociologue Massimo Introvigne, les raisons ultimes de l'internement d'un grand nombre d'ouïghours sont aussi controversées. D’après la Chine, certaines mesures de « rééducation » s'imposent pour prévenir la radicalisation et le terrorisme. Des chercheurs occidentaux pensent que le gouvernement craint plutôt une renaissance religieuse à laquelle il ne s’attendait pas.

En août 2019, une survivante d'un camp affirme que des agents du gouvernement chinois se sont rendus chez elle pour détruire son dossier de détenue, afin de recréer un faux dossier montrant qu'elle n'a jamais été détenue mais qu'elle était restée chez elle sous la surveillance du PCC. Sur plusieurs choses sont très inquiétantes, l’une de celles qui le sont le plus est la façon dont les Etats totalitaires font disparaître toutes les traces de la vérité historique. Dans 1984, Orwell a traité de cela de façon récurrente. (ATS - 15.12.2019, avec Wikipêdia, la bibliographie ci-dessous et Paul Larreya).

Bibliographie

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2.         ↑  Alexia Fernandez Campbell, hina’s reeducation camps for Muslims are beginning to look like concentration camps » sur vox.com, 24 October 2018 (consulté le 2 septembre 2019)

3.         ↑ China is creating concentration camps in Xinjiang. Here’s how we hold it accountable » sur washingtonpost.com, 23 novembre 2018 (consulté le 2 septembre 2019)

4.         ↑« Q&A with Dolkun Isa, president of the World Uyghur Congress »sur dw.com (consulté le 2 septembre 2019)

5.         ↑ « «Camps de concentration» au Xinjiang : Pékin dément l’accusation des Etats-Unis », sur leparisien.fr, 6 mai 2019 (consulté le2 septembre 2019).

6.         ↑ Heulard Mégane, « Chine : privé de médicaments, un écrivain meurt dans un camp de “rééducation” » [sur actualitte.com, 21 juin 2019 (consulté le 2 septembre 2019).

7.         ↑ « Chine : Ouïgours, un peuple en danger », sur arte.tv, 10 mai 2019 (consulté le 2 septembre 2019).

8.         ↑ Aller à :a et b Heike Schmidt, « Harcèlements, menaces, disparitions: les Ouïghours de France vivent dans la peur - RFI », sur RFI, 8 août 2019 (consulté le 2 septembre 2019).

9.         ↑ (en) « Adrian Zenz »], Academia, 2019

10.       ↑ (en) « Adrian Zenz - On the C-SPAN Network »], C-SPAN, 2019

11.       ↑ « La Chine réprime en masse les Ouïgours du Xinjiang », La Croix,‎ 11 septembre 2018 (lire en ligne)

12.       ↑  « China finally admits it is building a new archipelago of concentration camps. Will the world respond? », The Washington Post,‎ 11 octobre 2018 (lire en ligne

13.       ↑ La Chine réprime en masse les Ouïgours  La Croix, 11 septembre 2018

14.       ↑ Du porc et de l'alcool pour punir les détenus : le scandale des « camps de rééducation » pour musulmans en Chine Gentside, 19 mai 2018.

15.       ↑ D'ex-détenus témoignent des conditions atroces de « camp de rééducation » en Chine, RTBF.be, 17 mai 2018.

16.       ↑ « Ouighours: «Aucune indication» que Pékin a détourné des fonds de la Banque mondiale », sur lefigaro.fr, Le Figaro, 30 août 2019 (consulté le 2 septembre 2019)

17.       ↑ Alan Rappeport, « World Bank launches investigation into whether £40m loan to China funds Muslim persecution in detention centres » [sur independent.co.uk, 31 août 2019 (consulté le 2 septembre 2019)

18.       ↑ Chine. Les familles d’un million de personnes détenues dans le cadre d’une campagne massive de « rééducation » demandent des réponses, Amnesty International, 24 septembre 2018.

19.       ↑ Liselotte Mas ONG et ONU dénoncent les camps d’internement pour Ouïghours en Chine France 24, 17 août 2018

20.       ↑ Chine: «Au Xinjiang, un musulman sur six serait en détention»] Libération

21.       ↑ Ouïgours. « Un système de détention préventive » des musulmans chinois Orient XXI, 11 octobre 2018

22.       ↑ Léa Polverini Le délire divin de Xi Jinping Slate, 24 novembre 2019

23.       ↑ Peter Stubley, « Muslim women ‘sterilised’ in China detention camps, say former detainees » [sur independent.co.uk, 12 août 2019 (consulté le 2 septembre 2019)

24.       ↑ Harry Cockburn, « Muslim woman describes torture and beatings in China detention camp: ‘I begged them to kill me’ » [sur independent.co.uk, 28 novembre 2018 (consulté le 2 septembre 2019)

25.       ↑ Stéphane Lagarde, Ouïghours : la Chine reconnaît le recours à des camps de rééducation au Xinjiang, RFI, 10 octobre 2018.

26.       ↑ Aller à :a b et c «Chaise tigre», «dents de loup», matraques électriques... : L’inquiétant arsenal des centres éducatifs pour musulmans en Chine Cnews, 24 octobre 2018

27.       ↑ La Chine défend son programme d'internement de musulmans Le Figaro, 17 octobre 2018

28.       ↑ Chine: l'étrange arsenal des centres éducatifs pour musulmans La Croix, 24 octobre 2018

29.       ↑ "Les camps de Ouïghours, « écoles » ou prisons ?" , Bitter Winter, 14 novembre 2018

30.       ↑ "Nouvelle vidéo exclusive : un nouveau camp de « rééducation » pour les Ouïghours découvert au Xinjiang", Bitter Winter, 26 novembre 2018.

31.       ↑ Massimo Introvigne, "Pourquoi les Ouïghours sont-ils persécutés ?" Bitter Winter, 22 novembre 2018.

32.       ↑ Chang Xin, « Un survivant des camps du Xinjiang révèle les fausses informations du PCC » [sur fr.bitterwinter.org, 29 août 2019 (consulté le 2 septembre 2019)