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Paneurope Autriche se félicite de la réouverture des frontières intérieures de l'UE

Le Mouvement paneuropéen d’Autriche publie ci-dessous un communiqué qui tient parfaitement compte des réalités humaines et économiques de l’Union Européenne dans la crise et l’après-crise du corona. Ce texte se distingue agréablement de gestes intempestifs et incongrus de membres isolés de Paneurope destinés dans la crise à attirer l’attention sur leurs initiateurs. Ce n’était pas du tout dans l’esprit de Paneurope, organisation sérieuse, cohérente et consciente de ses responsabiltés. Le texte autrichien remet les pendules à l’heure dans une Europe qui doit se remettre au travail. (ATS, 8.06.2020)

 Le Mouvement paneuropéen d’Autriche s’est réjoui de la réouverture le jeudi 4 juin des frontières autrichiennes avec les pays voisins (à l'exception de l'Italie). "Après les restrictions nécessaires dues à la pandémie, nous revenons donc à ce qui devrait être la normalité : que les citoyens européens puissent voyager dans l'UE sans contrôle et sans quarantaine", a souligné Philipp Jauernik, Président autrichien de la Jeunesse paneuropéenne. "Maintenant que les taux d'infection sont agréablement bas, il est logique et juste de rendre à nouveau visible le rôle de l'Europe en tant qu'espace de liberté, de sécurité et de justice. Les restrictions étaient nécessaires, la réouverture est juste. La liberté de voyager est un droit fondamental, et pour le maintenir, nous avons également besoin d'une protection forte des frontières extérieures de l’Europe".

Après les restrictions, un pas vers la normalité

Il ne fait aucun doute que dans une situation de crise, cela peut être à propos de prendre des mesures d'urgence. La pandémie du Covid 19 en était certainement une, avec pour priorité de protéger la vie et la santé des personnes. "Toutefois, les mesures d'urgence ne sont jamais appropriées que pour une période clairement définie et, pour être conformes aux droits et libertés fondamentaux, elles doivent également être levées lorsqu'elles ne sont plus nécessaires", analyse Stefan Haböck, Responsable paneuropéen autrichien des affaires internationales. "C’est clair et correct que dans la situation actuelle, la prudence s'imposait. Mais la crise a également montré ce que signifie réellement, dans la vie de tous les jours, l'isolement des États membre d’une Europe unie. On ne peut qu'espérer que les citoyens européens soient à nouveau conscients de la valeur des libertés fondamentales européennes".

Les entreprises et l'industrie ont besoin de la liberté de développement

En ce qui concerne la gestion des conséquences économiques de la pandémie de Corona, Rainhard Kloucek, Secrétaire général du Mouvement paneuropéen d’Autriche, met en garde contre un retour aux idées interventionnistes. "La liberté d'entreprendre est la meilleure recette pour un nouvel essor de l’économie. Dans ce contexte, la politique fixe des conditions-cadres, crée une sécurité juridique et veille à la création et à la préservation des emplois".

Pour Kloucek, cela implique également une réindustrialisation de l'Europe, ce qui se fera par l’incitation des entreprises à produire à nouveau en Europe. La croissance durable et la création d'emplois sont des défis prioritaires pour l'Europe en ce moment. Les réponses à ces défis résident dans un engagement en faveur du libre-échange, de l'achèvement du marché intérieur et d'un mécanisme qui évalue toutes les réglementations en fonction de leur impact sur la compétitivité du site de production européen. "Les réglementations de l'UE dans les domaines de l'énergie, du climat et des matières premières doivent être compatibles avec la croissance, garantir la sécurité de l'approvisionnement et promouvoir l'innovation, surtout maintenant", a déclaré Rainhard Kloucek. (Communiqué de presse de Paneuropa Autriche.  Signé Philipp Jauernik. 4.06.2020 à Vienne)


Les quatre scénarios

Le Conseil scientifique chargé de guider les pouvoirs publics dans la gestion de la crise liée au Covid-19 recommande de se préparer à "quatre scénarios probables" pour les mois à venir, allant d'une "épidémie sous contrôle" à une "dégradation critique".

Sous-titré "anticiper pour mieux protéger", ce nouvel avis mis en ligne le 4 juin 2020 vise à "préparer les différentes structures de l'État à affronter une éventuelle reprise de l'épidémie quelle qu'en soit sa forme". Il et beaucoup plus précis et différencié à la fois que les avertissements contre une « deuxième vague » de l’épidémie formulés il y a quelque temps par des scientifiques allemands et français. Le premier scénario, "le plus favorable", est celui d'une "épidémie sous contrôle" avec seulement quelques foyers "localisés pouvant être maîtrisés". Deux autres envisagent "des clusters critiques laissant craindre une perte de contrôle des chaînes et contamination" et "une reprise progressive et à bas bruit de l'épidémie, plus difficile à identifier". Le dernier serait celui d'une "dégradation critique des indicateurs" de suivi de l'épidémie, traduisant "une perte du contrôle" de cette dernière.

Le Conseil scientifique, présidé par le spécialiste d'immunologie Jean-François Delfraissy, "souligne la nécessité de préparer" des "mesures appropriées" à chacun de ces scénarios, dans le but d'"éviter un nouveau confinement généralisé" comme celui qu'a connu le pays du 17 mars au 11 mai. Ces mesures doivent être "élaborées dès maintenant" pour pouvoir les "activer le plus rapidement possible" "lorsque cela sera nécessaire", insiste l'avis. Visiblement, ces mesures tiennent compte également des désastreuses conséquences économiques et sociales du confinement. Sans doute, préserver la vie humaine était plus important que conserver intacte la mécanique économique, mais la chute verticale de la production et du commerce entraine à présent une seconde crise qu’il faudra à tout prix éviter et dont nos sociétés ne se relèveraient pas, tout au moins sur deux à trois générations. Comme lors de conflits a       rmés, cette fois, il faudrait donc prendre des risques mortels tout en essayant de limiter la casse, comme on a appris à le faire avec les conseils des scientifiques et en tirant la leçon des soins médicaux.

Aussi, le Conseil propose-t-il de préparer ces mesures "avec les acteurs notamment territoriaux", dans le cadre d'un "plan de prévention et de protection rapprochées" visant "à augmenter l'efficacité des mesures prises tout en limitant l'impact social et économique de l'épidémie". Un tel plan devrait inclure "le renforcement des mesures barrière et de distanciation", telles que le "port du masque obligatoire dans tous les lieux confinés". Il suggère aussi "la mise en œuvre renforcée de la stratégie +tester, tracer, isoler+, un plan de protection des Ehpad, une protection renforcée par confinement volontaire des personnes les plus vulnérables en raison de leur âge ou de leur état de santé, un plan destiné aux personnes les plus précaires ainsi qu'un ensemble de mesures à mettre en œuvre dans les métropoles, qui sont particulièrement exposées, notamment en Ile-de-France".

Dans un entretien au Parisien, le Pr Jean-François Delfraissy, Président du Conseil scientifique, a estimé que "quoi qu'il arrive, on ne pourra pas refaire un confinement généralisé en France". "La première fois, il était indispensable, on n'avait pas le choix, mais le prix à payer est trop lourd", a-t-il ajouté. "La population ne l'accepterait sûrement pas, les conséquences économiques seraient majeures et, même d'un point de vue sanitaire, cela n'est pas souhaitable", a-t-il fait valoir, rappelant "qu'en dehors du Covid, il y a eu tous les autres malades qui ont eu des retards de diagnostic durant cette période". "Une fois qu'on a dit cela, qu'est-ce qu'on fait si la situation empire? Il faut donc un grand plan de prévention", a-t-il conclu. (ATS. 5.06.2020)


L'anti-européen : le chancelier autrichien Sebastian Kurz

Le Chancelier fédéral autrichien Kurz s'est distingué cette semaine avec un contre-projet au plan d'aide d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron destiné aux pays européens les plus accablés par la Pandémie, c’est-à-dire l’Italie, l’Espagne et la Grèce (voir l’article de Sophie von Stralendorff ci-dessus).  Le contre-projet autrichien est infiniment plus restrictif que le projet franco-allemand. Il contribuerait même à enfoncer un peu plus ces pays dans la misère.

Norbert RöttgenNorbert Röttgen, l'expert de politique étrangère du parti chrétien-démocrate allemand CDU qui soutient la chancelière, candidat par ailleurs à la présidence de ce même parti, a vivement critiqué le contre-projet autrichien qui réunit autour de Sebastian Kurz ceux qu’on appellera désormais les "quatre avares". "La proposition de ces quatre misérables est une provocation unique en son genre, car elle ne résoudrait pas le problème, mais qu’elle l'aggraverait", a déclaré M. Röttgen au journal "Süddeutsche Zeitung". La rédaction de l'"Atelier de Strasbourg" ajoute : De toute évidence, la motivation de première de cette initiative du jeune chancelier autrichien répond au désir de ce dernier de se mettre en vedette. Malheureusement pour lui, Kurz a pris la tête d’États nains de l'Union Européenne et ce qu'il pourra réaliser avec eux sera avant tout la "nanification"  de l'UE.

Il aura le soutien des gnomes et des bureaucrates incapables de prendre la juste mesure de l'ampleur et du tragique de la situation actuelle. On peut aussi se demander si les petits États européens, que nous ne méprisons nullement et qui ont aussi le droit d'exister, finiront jamais par comprendre ce qui relève du destin politique de notre continent et s'ils sont aptes à penser en catégories historiques. Peut-être devrions-nous revenir au point de départ de la Communauté européenne et laisser les décisions les plus importantes aux États fondateurs, à savoir l'Allemagne, la France, l'Italie et les trois pays du Benelux ensemble, car la Belgique et le Luxembourg comprennent de toute évidence l'Europe mieux  que ne le font les Pays-Bas.

L'endettement excessif de certains pays européens ne peut être résolu en leur proposant de contracter de nouvelles dettes, a poursuivi le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag. M. Röttgen estime que, sur le plan tactique, la seule chose qui importe à ces quatre pays riches dont M. Kurz cherche à être le leader, est de maintenir les rabais qu’ils ont obtenus antérieurement sur leurs contributions au budget de l'UE. En retour, a-t-il déclaré, le groupe "prend en otages non seulement les pays qui ont été particulièrement touchés économiquement, comme l'Italie et l'Espagne, mais aussi la cohésion de l'UE en ces temps difficiles". De plus, ces quatre pays "alimentent le populisme dans leur propre pays et dans d’autres", a conclu M. Röttgen.

La proposition alternative du groupe dit des "quatre avares", composé de l'Autriche, du Danemark, des Pays-Bas et de la Suède, prévoit une aide d'urgence unique, limitée à deux ans, sur la base de prêts à bon marché que les bénéficiaires devront rembourser. En ce qui concerne l'initiative franco-allemande, Sebastian Kurz a mis en garde contre une "Union de la dette par l’entrée des artistes".

"Proposition malhonnête et mensongère " 

Les Verts allemands ont également clairement critiqué la proposition des Quatre et ont parlé d'une "proposition malhonnête et mensongère ". "Les quatre misérables ont eux-mêmes bénéficié économiquement d'un marché intérieur qui fonctionne bien, mais ils veulent répartir le fardeau sur les épaules d’autrui ", a déclaré Franziska Brantner, l'experte des Verts pour les questions européennes, au quotidien de Munich "Süddeutsche Zeitung".

 Peut-être les Verts autrichiens les écouteront-ils. M. Kurz a formé avec eux sa coalition gouvernementale. Avec un bel opportunisme d’ailleurs puisqu’il avait été auparavant pendant deux ans coalisé à l’extrême-droite.

Par contre, la « bande des quatre » formée autour de l’Autriche a le soutien du Conseil économique de la CDU proche des milieux d’affaires. "La proposition est une bonne alternative à l'initiative franco-allemande", a déclaré le secrétaire général dudit Conseil économique, Wolfgang Steiger, au journal libéral "Handelsblatt". "Des prêts au lieu de subventions sont la bonne voie à suivre  avec une limite temporelle claire". (Atelier de Strasbourg, AFP, t-online.de, 25.05.2020)


Mourir du virus  en conformité avec la constitution

Chacun de nous a souffert du confinement et le désir d’évasion au plein sens du terme est intense. Quelque soient les risques, il semble bien que peu d’ex-confinés supporteraient cet été un nouveau confinement. Certains en ont profité cependant pour réformer leur façon e vivre : moins d’agitation et de remuement, moins d’obligations superflues, de la réflexion au calme et plus de lenteur et de concentration. Beaucoup ont pris deux à trois kilos supplémentaires, mais certains les ont perdus, remplaçant les cinémas, cafés-restaurants et pâtisseries par de la gymnastique et une nourriture plus saine et contrôlée.

Nombre d’entre nous ont considéré que les restrictions imposées par les pouvoirs publics étaient exagérées, mais presque personne à ce stade ne peut les remettre sérieusement en question faute d’arguments convaincants.  Néanmoins, en Allemagne comme en France, on peut rencontrer des râleurs et des grognons qui s'imaginent qu'ils peuvent en appeler aux droits fondamentaux pour contester la prévention sanitaire que l’on nous a imposée et que nous avons  consentie pour tenir en échec la pandémie.  C’est en Allemagne surtout que ce paradoxe a pris une forme politique, essentiellement à l’initiative du parti d’extrême-droite AfD.

En France, en Espagne et en Italie, les restrictions de sortie ont été beaucoup plus strictes et sévères pourtant qu'en Allemagne.  Mais c’est en Allemagne qu’elles ont été perçues comme dérangeantes et contraignantes et ont provoqué un malaise durable qui a profité aux négateurs du Corona. En nombre important, des bons citoyens et des idéalistes de bonne foi ont  manifesté à Munich, Francfort, Hambourg, Berlin, Cologne, Dortmund, en Hesse et à Leipzig, soi-disant pour s'opposer au démantèlement de la démocratie allemande sous prétexte de lutte contre le covid 19. Malheureusement, des représentants de Paneurope Allemagne, essentiellement bavarois, ont cru bon de participer à ce genre de contestation en manifestant contre la fermeture des frontières nationales, momentanément closes à des fins prophylactiques. Mais ces petits commandos sont passés pratiquement inaperçus. Il en fut autrement dans les grandes villes allemandes où les partis extrémistes ont rassemblé des foules.

D’un côté, cela peut être vu comme très positif, comme un témoignage de fidélité allemande à la démocratie et à la liberté. Mais de l’autre cette mobilisation prêtait le flanc à une instrumentalisation de ces manifestations par des extrémistes. Et c’est pour cela que ces phénomènes retiennent l’attention. Car les crises majeures génèrent souvent de l'irrationalité ainsi que des fanatismes. Lorsque la peste faisait rage au Moyen-Âge, des pogroms étaient lancés contre les juifs et des bûchers étaient érigés pour brûler des « sorcières", car on attribuait ces malheurs au Diable et, en l’absence du Malin, on les faisait payer à des boucs émissaires. De nos jours, on ne fait plus appel au diable, mais il existe des variantes de l'idée que le virus est le produit d'une ou plusieurs conspirations des pouvoirs publics, de clans politiques et économiques énigmatiques, qui s’en servent pour abolir nos libertés et instaurer une dictature par le biais d’un détournement de la médecine. Certains de ces manifestants sont déjà prêts à passer à l’acte.

Le grand journal libéral allemand « Frankfurter Allgemeine Zeitung", a par exemple relevé dans les manifestations de Stuttgart des slogans assez agressifs venant de ces citoyens en colère :  "Ils sont écrits sur beaucoup de leurs T-shirts : "Arrêtez ces conneries à propos du Corona", "Le gouvernement doit être jeté en prison", "Résistez au système",  et sur leurs pancartes. Une des cibles favorites est Bill Gates qui apparaît sur pratiquement un panneau sur trois, et une autre est la lutte contre la pandémie décidée par le gouvernement, mais aussi on s’en prend au "cartel pharmaceutique", au vol d'organes en Chine, à la vaccination, à l'agriculture industrielle etc. ". Bref, tout y passe. Des équipes de télévision ont été encerclées avec des menaces et, dans un cas, des journalistes ont été molestés et blessés. Ils s’en prennent à « la presse menteuse", qui pourtant fait du bon travail et garantit la pluralité des opinions. Mais les organisateurs de ces manifestations en veulent aux journalistes surtout parce que ceux-ci ne sont pas dupes de leur propagande.

Au sein de ces manifestations, des "équipes de désescalade" tentent encore de garder les militants sous contrôle afin que cela ne dégénère pas. Mais le parti d’extrême-droite AfD est manifestement impliqué dans ces manifestations, avec le renfort de forces d’extrême gauche. Seulement, les principaux agitateurs sont les médias de propagande russe en langue allemande. Ils puisent dans la pandémie des munitions contre l'État de droit en République fédérale d’Allemagne. De la même manière, ces médias à la solde du Kremlin étaient intervenus en France il y a un an et demi environ pour encourager les manifestations des "gilets jaunes" et leur fournir des arguments.

 En Allemagne, les propagandistes russes utilisent la crise du corona comme une opportunité en se servant des droits fondamentaux inscrits dans la constitution comme d’un levier pour déstabiliser la démocratie. Ils sont si présents, si envahissants, que la chancelière Merkel a dû protester contre la Russie  dans l’hémicycle du Bundestag.  (J.-P. P. 20.05.2020

Le mode d’emploi

Les quelques restrictions des libertés fondamentales qu'a requises la lutte contre la pandémie de Corona ont été l’occasion que les stratèges de la déstabilisation attendaient pour mettre en œuvre leur recette. Son mode d’emploi est d'une simplicité déconcertante. Il s'articule comme suit :

1. il n'y a pas de pandémie de corona, ce virus n'est pas pire qu'un virus de grippe normal, en fait il est plus inoffensif. C'était aussi l'avis de Trump, Bolsonaro, Johnson, probablement aussi de Poutine et Erdogan. Il est évident  aujourd'hui qu'ils se sont tous trompés, mais on ne le dit pas.

2. la pandémie est une invention du gouvernement allemand et des médias menteurs dépendants de celui-ci, afin d'étendre leur pouvoir en limitant les droits fondamentaux. Des forces obscures à l'étranger, comme l’Américain Bill Gates, leur fournissent le matériel nécessaire à cette fin.

3) le système parlementaire libéral a échoué à tous égards, y compris en matière de politique de santé. Il suffirait de sortir de l'UE pour rendre possible une politique bonne et humaine.

4. les Chinois et les Russes disposent d'un système politique qui leur permet de mener une telle politique. Les Russes, en particulier, peuvent nous aider à nous rétablir. Moscou sauvera l'Europe occidentale corrompue, pourrie, capitaliste et sans avenir.  Sauvera ou soumettra ?  A suivre… (ATS avec Wikipedia, 21.05.2020)


Allemagne : Merkel  cède aux pressions – Une semaine avant la France, le confinement a été levé

En mars et avril 2020, la chancelière avait reçu un fort soutien des Allemands pour sa politique anticorona. Elle avait envoyé ses concitoyens en isolement et en interdiction de contact sur un ton calme avec des arguments factuels. Elle avait fait fermer les magasins et avait presque paralysé la vie publique. Or, à ce moment-là, la majorité des gens pensait que l’ère Merkel était finie et que la chancelière démissionnerait prématurément, avant même les prochaines élections fédérales de l'automne 2021 auxquelles elle a décidé de ne pas se représenter. Partout, on critiquait l'immobilisme, la paralysie de son gouvernement de grande coalition.

Et soudain, on déclara qu'elle pourrait être utile après tout pour un autre mandat. Qu’elle était la meilleure gestionnaire de crise de son parti =, la CDU chrétienne-démocrate. Elle avait acquis ce retournement d’opinion à la force de son autorité et de sa perspicacité. Partout, on a dit qu'elle ne se contentait pas d’être une politicienne, mais qu'elle réagissait aussi en tant que scientifique et que la chance avait bien de la chance d’en avoir une à sa tête dans cette crise sanitaire. Ses discours et ses appels ont servi de guide à des millions de personnes pendant la plus grande crise subie par leur pays depuis des décennies. Mme Merkel s’est avérée une fois de plus être la mère protectrice de la nation, la « Mutti », bien loin de la "fillette" de Kohl qu'elle avait été il y avait plus de vingt ans.

Les Allemands étaient heureux d'avoir quelqu'un à suivre. Ce n'est que grâce à la discipline volontaire de millions de citoyens entre Baltique et les Alpes, entre le Rhin et l'Oder, que l'épidémie de corona a pu être maîtrisée. Nombreux étaient ceux toutefois qui se plaignaient hypocritement des restrictions des droits dus au  confinement, bien que celui-ci était été plus souple, voire plus laxiste en Allemagne qu’en France, en Italie et en Espagne. Certains râlaient comme d’habitude, et certains dénonçaient même un plan diabolique derrière tout cela. Pour eux, la pandémie était une invention des gouvernants, soutenus par les médias à leur solde,  pour asseoir à nouveau leur autorité vacillante. Ainsi quelques fantasques ont-ils formé en Allemagne un groupe qui porte le titre ambitieux de "Résistance 2020". Ils ont un site Internet où se réunissent des gens mécontentes de la situation dans la crise. Des gens qui ne croient pas vraiment au danger du virus mais sont adeptes de théories du complot et se croient plus intelligents que le commun des mortels. Ils ont formé un nouveau parti, qui aurait rassemblé 100 000 membres en quelques jours. Ce chiffre réel ou prétendu tel le rendrait plus important que les Verts, le FDP libéral, la Gauche néo-communiste et l'AfD ultra-droite. Mais probablement ce nouveau météore politique se consumera-t-il en pénétrant dans l’atmosphère.

Reste qu’avec son appel aux Allemands dans son discours télévisé tranquille, concret et proche du peuple du 18 mars 2020, Angela Merkel a gagné une place dans les livres d'histoire comme elle ne l'avait jamais fait auparavant. La postérité appréciera cette grande prestation collective des Allemands derrière leur chancelière. Cela aurait pu continuer ainsi jusqu'à ce que le virus soit presque complètement éradiqué d'Allemagne, mais trois facteurs ont contraint la chancelière à virer de bord et l'ont persuadée d'accepter un assouplissement des mesures de précaution. D'abord le ministre président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie qui voudrait bien lui succéder, Armin Laschet, et son compatriote rhénan libéral FDP, Christian Lindner, puis en Schleswig-Holstein le "vice-président" du FDP Wolfgang Kubicki et les ministres présidents Weil, Kretschmer et autres ainsi que de plus en plus de ministres, députés, politiciens régionaux et locaux et autres notables se sont joints au chœur de la libération des "prisonniers volontaires", confinés à domicile. Un à un, ils ont coupé l’herbe sous le pied à la chancelière. Chacun chez soi, ils ont ouvert des ateliers, des magasins de meubles, des boutiques et des installations sportives, des centres de vacances et des campings. Enfin, Markus Söder, le leader du Land de Bavière, ardent défenseur de la rigueur sanitaire, a également pris parti pour la fin de l’austérité et a fait l'éloge de l'aide apportée aux écoles, aux crèches, à la culture pour qu’elles reprennent leurs activités et aux maisons de retraite. La chancelière, qui avait juste avant dénoncé les "orgies de débat sur la fin du confinement" et avait fait part de ses inquiétudes quant à un retour hâtif à la normale, a dû admettre qu'elle menait une bataille perdue d'avance. « Mutti » a dû ouvrir la porte de la liberté à ses enfants turbulents.

Une semaine avant la France, les mesures de confinement ont été levées en Allemagne. D'une part, il faut admettre que la situation était devenue plus normale, même si elle n’était pas tout à fait normale : au début du mois de mai 2020, l'Allemagne comptait 167 000 cas d’infection par le virus, 135 100 guéris de la maladie et "seulement" 6 953 morts, avec un taux de mortalité de 4,19 % parmi les malades. En comparaison, en France, sur 66 millions d’habitants, 137 000 personnes étaient malades, 53 972 convalescentes et 25 803 avaient succombé. Le taux de mortalité comparativement plus faible en Allemagne est une grande réussite. Le système de santé a évidemment été plus efficace à l'est du Rhin. Le taux de reproduction du virus a été pourtant plus élevé en Allemagne qu'en France.

Une autre raison de ce relâchement est qu'en Allemagne, selon une étude de l’institut McKinsey, le produit intérieur brut diminuait d'environ 15 milliards d'euros par semaine suite au confinement. En France, le ralentissement économique a été encore plus sévère qu'en Allemagne, l'État français apportant un soutien nettement plus important aux chômeurs temporaires (84 % des salaires) qu'en Allemagne (67 % pour les salariés avec enfants et 60 % sans enfants). La pression des entreprises et des associations professionnelles sur le gouvernement pour qu'il proclame le retour à l’activité s'est accrue dans les deux pays, car la crainte de voir la machine productive dépérir s'est répandue. Et enfin, beaucoup de gens ont ressenti ce qu'on appelle le "corona blues". Le printemps est arrivé. Le ciel bleu, le gazouillis des oiseaux, les fleurs, tout cela est très tentant. Et puis la rumeur s’est répandue selon laquelle le terrible Covid-19 ne touchait presque que les personnes très âgées – tandis que les plus jeunes pouvaient donc à nouveau aller faire du shopping, du sport, aller au restaurant, trinquer et chanter avec des amis, planifier leurs vacances, aller chez le coiffeur.

Ces sentiments et ces besoins sont profondément humains, mais ce sont aussi des penchants dangereux. Il y aura "très certainement" une deuxième vague de corona, a prévenu le directeur de l'Institut Robert Koch, le Dr Lothar Wieler, et peut-être même une troisième vague. Cet institut est l’équivalent de notre Institut Pasteur et de nombreux scientifiques en France et ailleurs partagent son avis. Le risque reste élevé, mais les forces centrifuges sont plus importantes que la peur qu’on nous a distillée des semaines durant. C’est ainsi que la chancelière allemande comme le président français ont perdu le contrôle de la situation et que nous sommes à nouveau en liberté.

Le confinement aura des séquelles psychologiques sans aucun doute, mais certaines seront positives. En France surtout, il a fait comprendre à bien des gens combien le travail est une bonne et belle chose. Ne serait-ce pas le moment d’abolir les 35 heures et de reculer à 65 ans l’âge légal de la retraite ?  (J.P.Picaper - 7.5.2020)


Une survivante d’Auschwitz parle „ Nous savions que nous allions à la mort“ . 

Il y a 75 ans s’achevait la Seconde Guerre mondiale et avec elle l’Holocauste prenait fin.

 « Averses au de l'Allemagne, soleil au sud ». Rien de plus normal que cette matinée du 5 mai 1945 : l'Allemagne était à bout de souffle, l'Europe l’était également. Elle n’était plus qu’un continent dévasté par les bombes et les obus, par le meurtre et la méchanceté, par la haine et l’obsession raciste. Ce 5 mai 1945, des femmes apeurées, des vieilles personnes et des enfants squattaient de nombreuses caves. Un calme étrange régnait sur les villes bombardées. Cinq jours plus tôt, dans son bunker sous la Chancellerie du Reich, le dictateur que des millions d'Allemands avaient acclamé des années durant, s'était tiré une balle dans la bouche. L'Armée Rouge avait conquis Berlin détruite.

A Potsdam, les gravats laissés par un raid aérien britannique, trois semaines avant, l'un des derniers de cette guerre, exhalaient encore de la poussière. A Prague, la Résistance tchèque se levait contre l'occupant allemand et lui arrachait le pouvoir. Près de Linz en Autriche, des soldats de la 3e armée américaine libéraient le camp de concentration de Mauthausen. Ils y trouvaient des prisonniers émaciés, gardés par la milice du "Volkssturm" et des pompiers viennois. Les sbires SS étaient déjà partis, non sans avoir préalablement démantelé la chambre à gaz. Dans une courte bataille pour le château d'Itter au Tyrol, les soldats de la Wehrmacht et les GI américains se battaient ensemble contre des unités SS.

Près de Munich, le Groupe d’amées G de la Wehrmacht capitulait devant la 7e Armée américaine. Dans le fjord de Flensburg, les marins allemands obéissaient au « Commandement Néron" d'Hitler et coulaient en quelques heures une cinquantaine de sous-marins pour les empêcher de tomber aux mains de l'ennemi. En même temps, la capitulation partielle de toutes les unités allemandes en Allemagne du Nord, au Danemark et aux Pays-Bas, signée par le successeur d'Hitler, Karl Dönitz, entrait en vigueur. Néanmoins, une bataille aussi brutale qu'insensée entre des soldats de la Wehrmacht et des Résistants commençait sur l'île de Texel, en mer du Nord. Différents événements, tous liés les uns aux autres, se sont produits ce 5 mai 1945 : un jour de printemps en Europe centrale, il y a aujourd'hui 75 ans.

La plupart des gens auront du mal à imaginer aujourd'hui ce qu’ on a  ressenti ce jour-là et tous les jours, semaines, mois et années précédents, peu importe où ou de quel côté du front. Il ne reste plus beaucoup de témoins vivants qui peuvent nous parler de cette époque. Les récits des quelques personnes qui peuvent encore nous le dire sont d'autant plus précieuses. Plus impressionnant que les livres, les films ou les photos ne pourront jamais l'être, leurs témoignages nous donnent un aperçu d'un monde qui peut sembler lointain à ceux qui viendront après nous, mais qui n'aura été qu'un clin d'œil de l'Histoire. Celle-ci ne se répète pas, mais le mensonge, la haine et le crime peuvent très bien revenir. Pour éviter que cela ne se reproduise et pour tirer les leçons du passé dans notre monde actuel, nous devons savoir ce qui s'est produit à l'époque. Par conséquent, se souvenir n'est pas une option, mais un devoir.

Alfons Lasker avec ses trois filles Marianne, Renate et Anita en 1931 Les filles ont survécu, le père a été assassiné par les nazis. (Source : Archives privées Maya Lasker-Wallfisch)

C'est pourquoi nous devons écouter ce que nous dit Anita Lasker-Wallfish. Elle a 94 ans, mais lorsque vous l'appelez au téléphone dans son appartement londonien parce que l’épidémie du corona ne permet pas une visite, une voix assurée répond à l'autre bout de la ligne. Avec un esprit alerte et une vision claire des choses, la violoncelliste, née à Breslau en Silésie allemande, raconte ce qu'elle a vécu sous les nazis.

Comment elle est d'abord entrée dans la clandestinité, puis fut arrêtée et déportée au camp de la mort d'Auschwitz. Comment elle dut jouer sur son instrument des marches dans ‘L’Orchestre des Jeunes filles » au portail du camp orné du sinistre slogan "Arbeit macht frei" (Le travail vous libère) et chanter la "Rêverie" de Schumann pour le médecin SS Josef Mengele. Comment elle fut transférée du camp d’Auschwitz à celui de Bergen-Belsen dans la Lande de Lunebourg où elle a vécu une autre facette de l'horreur. "Entre ces deux camps, la différence était considérable : à Auschwitz, ils avaient créé une machinerie conçue pour tuer rapidement le plus de gens possible sans laisser de traces. À Bergen-Belsen, les gens mouraient de faim, ils mouraient tout simplement. Partout gisaient des cadavres et des mourants, dit-elle, nous sommes restés assis là et avons attendu que ça prenne fin".

Mon collègue Marc von Lüpke et moi-même, nous voulions savoir ce qu'elle avait alors ressenti. « Votre génération ne peut plus imaginer ce que j’ai ressenti. Vous pouvez vous en réjouir", nous a-t-elle répondu. "La vie peut finir du jour au lendemain. C’est ainsi que nous avons vécu de jour en jour. Je n'ai rien ressenti de plus. Mais j'ai survécu à toute cette saleté !"

A l’automne dernier, Anita Lasker-Wallfisch*, 94 ans, a obtenu le Prix National allemand (source : Imago Images)

Elle a survécu, heureusement. Ce qu’elle dit peut nous donner matière à réfléchir. Nous avons donc écouté avec attention lorsque Mme Lasker-Wallfisch nous a fait part de sa crainte qu'un parti de droite revienne au Bundestag aujourd'hui. Et lorsqu'elle a répondu à la question de savoir quelles leçons nous pouvons tirer de l'histoire 75 ans après la fin de la guerre : "Les gens devraient se parler avant de s'entretuer. Nous réaliserions alors que nous avons plus en commun que ce qui nous divise". (Newsletter du rédacteur en chef Florian Harms. « Chaque matin, savoir ce qui est important ». t-online.de - Ströer Group. 05.05.2020)

*On peut lire la version allemande de l’interview d’Anita Lasker sous « Aktuell »


Malgré la récession, l'Allemagne prolonge ses mesures de confinement

L'économie allemande, durement frappée par les conséquences du coronavirus, devrait connaître une récession "jusqu'en milieu d'année", a prévenu Berlin, qui s'apprête malgré tout à prolonger jusqu'au 3 mai ses mesures restrictives contre le coronavirus.

La chancelière Angela Merkel et les dirigeants des 16 Etats régionaux allemands ont décidé le 15 avril de prolonger les restrictions imposées depuis mi-mars contre le coronavirus dans le pays, qui devraient être par la suite progressivement levées, a-t-on appris auprès d'élus régionaux.

Fermeture des restaurants, des commerces non essentiels, distanciations sociales... Ces mesures, qui "fonctionnent" contre l'épidémie, selon l'institut Robert Koch, chargé de la veille épidémiologique, ont pourtant plombé l'économie. Le pays se trouve en récession "depuis mars" a en effet indiqué le ministère de l'Economie, prévenant que cette situation pourrait durer "jusqu'au milieu d'année" et tablant aussi sur une aggravation de la situation en avril.

Déjà fortement fragilisée pendant toute l'année 2019 par les tensions commerciales internationales, qui ont mis à mal les débouchés d'un modèle économique basé sur l'exportation, l'économie allemande est désormais plombée depuis plusieurs mois par la crise du coronavirus. Le PIB allemand devrait s'effondrer de 10% au deuxième trimestre, du jamais vu dans l'histoire récente, selon des projections communes des principaux instituts économiques, publiées dans la premièire semaine d'avril. Selon ces mêmes sources, le taux de chômage devrait grimper à 5,9% de la population active, soit 2,5 millions de personnes sans emploi.

Automobile sinistrée

L'industrie exportatrice, pilier de l'économie allemande, est particulièrement touchée par la crise, qui atteint ses débouchés et ralentit fortement les échanges internationaux. Au sein de l'industrie, le secteur automobile est sinistré, connaissant sa pire chute en près de 30 ans en raison de la crise du coronavirus, qui, selon le patron de BMW, menace même l'existence de grands groupes. Plusieurs constructeurs ont fermé une partie de leur usines en mars, à l'image de Volkswagen et de Daimler.

La production des constructeurs allemands a globalement baissé en mars de 37% tandis que la demande inézrieure reculait de 30%, selon la Fédération des constructeurs allemands. Face à la crise, de plus en plus de voix se sont élevées en Allemagne ces dernières semaines pour alléger ces restrictions, afin de remettre rapidement sur pied l'appareil productif. L'influent dirigeant de la région de Rhénanie du Nord-Westphalie, le ministre-président chrétien-démocrate (CDU) et candidat à la succession d'Angela Merkel,  Armin Laschet, a récemment fait pression sur la chancelière en demandant "une perspective de normalisation" pour sortir des restrictions drastiques. Même si les mesures de confinement sont éventuellement assouplies, la situation ne pourra que progressivement s'améliorer, a toutefois prévenu le ministère de l'Economie.

1.100 milliards euros d'aides

Pour faire face à la crise, Berlin a déjà adopté un plan de plusieurs centaines de milliards d'euros, incluant des dispositifs de garanties publiques de prêts et d'aides directes aux entreprises, notamment pour les PME. Représentant un volume de 1.100 milliards d'euros, ce plan est "sans précédent pour l'Allemagne depuis la Seconde guerre mondiale", selon Berlin.

Le chômage partiel a été facilité par les autorités et quelque 725.000 entreprises dans tout le pays ont déposé une demande. Ailleurs en Europe, plusieurs autres pays, comme l'Espagne et l'Autriche, ont également commencé à alléger les restrictions, notamment pour certains commerces, afin d'éviter une trop forte crise économique. L'Allemagne comptait le 15 avril 127. 584 cas officiellement déclarés de nouveau coronavirus et 3.254 décès, selon l'Institut Robert Koch. (Ats avec AFP - 15.04.2020)

Comme un retour de l’autorité

Confinée avec son mari au quatrième étage d’un immeuble sans prétention en face de l’île aux Musées au cœur de sa capitale, Angela Merkel a retrouvé sa popularité. Menacée par le virus, elle a dirigé son pays quinze jours par téléconférence. Puis on l’a vue faire ses courses, comme elle l’a toujours fait, en respectant à la caisse la distance requise de sécurité. Dans son allocution de crise, elle avait parlé en scientifique qu’elle est, se basant sur le concret et l’expérience. Sa sobriété et sa modestie ont toujours plu à ses compatriotes.

Selon le baromètre mensuel de la première chaîne de télévision publique, elle est remontée après une éclipse en tête des personnalités politiques les plus appréciées des Allemands. L’action de son gouvernement et de son parti (la CDU) dans la crise est applaudie par les trois quarts des Allemands. Jamais ce baromètre n’avait connu d’un coup une telle ascension. En temps de crise, les citoyens s’identifient presque partout à l’exécutif. Remontant d’un point la semaine dernière, ses partenaires sociaux-démocrates (SPD) sont repassés à 17% des intentions de vote devant les Verts qui ont baissé d’un point à 16%. La CDU et ses partenaires chrétiens-sociaux bavarois CSU, sont à 34%, 7 points de plus en un mois. Après leur succès faramineux des derniers mois, les écologistes reculent partout. Va-t-on oublier la planète en pensant trop à l’homme ? Ce serait regrettable car l’un ne va pas sans l’autre.


Ajout : Le camp de la chancelière bénéficie de la lutte contre la crise du corona. En une semaine, la CDU/CSU a grimpé à nouveau  de 4 points, passant à 37% dans le "trend" de la "Bild am Sonntag" tandis que le SPD (17% ) se maintenait devant les Verts (16%). L'AfD d'extrême-droite restait à son niveau le plus bas depuis trois ans (10%) devançant l'extrême-gauche Die Linke-La Gauche (9%) d'un point. Les Libéraux FDP étaient à 6%. 12.04.2020


La résurrection de Mme Merkel est significative. Celle d’Emmanuel Macron aussi, même s’il était tombé moins bas que la chancelière.. En Grande-Bretagne, la Reine a dû intervenir à la télévision pour compenser la vacance du Premier ministre, victime du covid 19. Comme le dit l’historien et politologue français Pierrre Rosanvallon, « nous observons (en France) un réflexe de légitimation de la République et du Président », ajoutant : « On assiste aussi au retour de l’État et de son pouvoir unilatéral de décision, dans un maintien de l’État de droit ». Il nous semble en effet que la perte de droits par « confinement », droit de circuler, de travailler, droit au loisir, au sport, à la sociabilité soit bien comprise par la population parce que le droit de vivre prime tout, même l’économie. Nous avons un peu moins de participation, luxe démocratique, sauf s’agissant de participation à  l’efficacité pour protéger, soigner et guérir.

La revalorisation de l’autorité régalienne devra s’atténuer un jour, sinon on tomberait dans la « démocrature », risque plus accentué, semble-t-il, en Europe centrale et orientale qu’occidentale, mais les populistes n’ont pas gagné sur tous les plans. Leur rejet de la science, des intellectuels, des experts, des  médias au nom de l’instinct populaire a perdu en crédibilité. Le savoir et la science ont le vent en poupe. Mais il faudra  éviter aussi l’expertocratie. La politique devra préserver la dimension et l’âme humaine. (JPP – 06.04.2020)


Coronavirus : l'heure du pouvoir exécutif, de l'Internet et des mass-média

On disait jadis pour plaisanter : "Tout le monde parle du temps qu'il fait. Pas nous !". Mais vous ne pouvez pas aujourd’hui ne pas parler du Coronavirus. Il est au centre de presque toutes les conversations. Nous aimerions parler d’autre chose que du Covid-19. Mais ce n'est pas possible.  On oublie le changement climatique, la réforme des retraites,  le terrorisme islamiste, la guerre en Syrie et au Mali, la dette et les migrants. Malheureusement, la pandémie qui frappe l'Europe de manière particulièrement douloureuse est la première des préoccupations.  La seconde sera le ralentissement économique qui en résultera. Cependant, il n'est pas encore à l'ordre du jour comme étant le problème le plus urgent.

Les décès causés par les crises économiques ne sont pas visibles. La perte de travail et de sens de la vie n'est pas contagieuse. Bien que le Covid-19 soit également invisible, il est, lui,  très contagieux. Il saute de personne à personne, nous utilisant comme relais et tremplins. Il  se sert de nos corps comme armes pour détruire l’humanité. Comme les monstres de la science-fiction, il fait de chaque être humain un danger pour sa propre espèce. Entre-temps, le nombre de morts a augmenté et continuera d'augmenter. Cet annihilateur invisible fait à juste titre peur.  Il cherche aussi à présent ses victimes parmi les jeunes. Bien sûr les plus âgés, ceux qui ont plus de 70 et 80 ans, sont dans sa la ligne de mire. Une fois contaminés, leur situation tourne parfois à la tragédie. 

Beaucoup de nos concitoyens et nous-mêmes sommes coincés dans nos appartements sans travail ni contacts à l’air libre. Jamais auparavant nous n'avions eu autant de loisir pour réfléchir. Comme nous ne rencontrons presque personne, le besoin de communiquer s'est accru. L'Internet offre de nombreuses possibilités pour y remédier.  Surtout en un tel moment où il est important de prendre ses distances et d'éviter les contacts, Internet est l'alternative pour exprimer ce qu’on pense.  Nous pouvons nous parler sur Internet afin que notre peur justifiée ne dégénère pas en panique. Nous devons rester en contact via Skype, les e-mails, le téléphone et même à nouveau par  correspondance. "Le courrier sera distribué", a assuré Angela Merkel dans son discours télévisé du 18 mars. Mais les médias libres s'avèrent également extrêmement utiles.  La presse écrite et la télévision montent en graine et redorent leur blason. Ces derniers mois et années, elles avaient été conspuées, insultées et souillées par les extrémistes politiques qui les qualifiaient à droite de menteurs  gauchistes ou à gauche de complices du capital. Mais voilà que dans cette crise, ils font un excellent travail. Ils ne cherchent pas à effrayer,  mais informent, heure par heure, de manière factuelle et précise. Les mass-médias sont notre boussole. Que ferions-nous sans eux ?

L'économie de marché a été réduite au minimum nécessaire à la survie. La bourse est très abîmée, les banques saignent, les entreprises sont paralysées, il n'y a presque plus de transports et bientôt on ne construira plus. Mais il nous reste la démocratie dont Mme Merkel s'est faite l'avocate dans son discours aux Allemands.  Elle a fait honneur à son auréole de "mère" attentive de ses concitoyens. C'est maintenant l'heure du pouvoir exécutif qui était devenu si impopulaire dans tous les États démocratiques. Toute critique de nos dirigeants respectifs que vous trouverez également dans nos pages, est ainsi relativisée. Nous pouvons nous réjouir d'avoir des personnes rationnelles et raisonnables comme Macron et Merkel à la tête de nos pays, en d'autres termes des gouvernements stables. Cela s'applique également à tous les autres États de l'Union européenne qui se révèle être un havre de sécurité.

Bien sûr, les États autoritaires peuvent imposer plus facilement des mesures strictes, mais nos dirigeants élus font un travail honorable et méritant en expliquant patiemment et objectivement leurs décisions. Cette crise devient un exercice de démocratie pratique et de solidarité. Mme Merkel l'a expliqué à sa manière tangible et compréhensible. Tout comme M. Macron qui, après tant d'épreuves, restaure la solidarité entre Français. N’est-ce pas une chose merveilleuse en France quand, à 20 heures, tous les Français ouvrent dans tout le pays leurs fenêtres ou  sortent sur leurs balcons pour applaudir les infirmières et les médecins des hôpitaux et leur crier "Merci".  Mme Merkel a remercié les caissières et le personnel des  supermarchés,  une petite attention, mais magnifique.

Nous sommes dans une situation historiquement inhabituelle, mais l'ambiance change en mieux. Le président Emmanuel Macron a déclaré à plusieurs reprises à la télévision "Nous sommes en guerre" et, dans ce premier discours à sa nation en 15 ans de mandat, la chancelière Angela Merkel a comparé la situation actuelle avec celle de l’Allemagne en guerre avant 1945. Maintenant, tous deux doivent maîtriser la crise et gagner cette guerre. Pour le président Macron, sa réélection en 2022 et l'avenir du nouveau parti LREM, qu'il a fondé, sont en jeu. Pour la chancelière Merkel, il s'agit de la CDU, qu’elle avait sauvée de l'effondrement au début du siècle. Ils y parviendront s'ils ne tombent pas eux-mêmes malades.

Il est évident qu'après la catastrophe de Covid-19, nous  allons vivre différemment et penser différemment. Nous voulions être trop grands, nous croyions pouvoir agir à l'échelle mondiale. Nous ne serons plus aussi mesquins, bornés et égoïstes, et soucieux de notre avantage immédiat. Cette crise nous l’a montré en nous mettant en danger de mort. L'air est plus pur, l'eau est plus propre. Les voitures restent garées et on comprend que c’était mal de gaspiller la nourriture. Les médicaments sauvent des vies et sont précieux. Les gens ont envie de se faire vacciner contre l’agent pathogène. Nous savons maintenant que l'on peut vivre mieux avec moins, nous savons ce qu’est le minimum vital et que des sacrifices doivent être consentis pour sauvegarder la sécurité du monde. (J.-P. P. - 19.03.2020)


Un pas de plus vers la Françallemagne: le Comité de Hambach

La réunion constitutive du Comité de coopération transfrontalière franco-allemande s’est tenue le 22 janvier 2020 au château de Hambach dans le Land ouest-allemand de Rhénanie-Palatinat. Ce Comité a pour socle le traité d'Aix-la-Chapelle, signé il y a exactement un an par la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron.

L’objectif du comité est de collecter l'expertise des régions frontalières, des États fédéraux, de la Région Grand Est, des départements, des parlements et du niveau national et de l'utiliser pour trouver des solutions, ont expliqué le délégué du gouvernement fédéral à a coopération franco-allemande, le ministre d'État Michael Roth, et son homologue française Amélie de Montchalin. M. Roth a également évoqué la dimension européenne de la coopération transfrontalière pour l'Europe : « Si nous créons des solutions viables aux problèmes des citoyens de nos pays, en particulier dans les régions frontalières, nous pourrons couper l'herbe sous le pied daux populistes et nationalistes ». 

« La Rhénanie-Palatinat et la France sont traditionnellement étroitement liées. Les entreprises de la région frontalière entretiennent de bonnes relations commerciales entre elles de part et d'autre de la frontière, et nous voulons créer des conditions cadres optimales pour cela », a déclaré le ministre de l'économie de Rhénanie-Palatinat,  le Dr. Volker Wissing. « Un autre élément important est la mobilité transfrontalière. Ici, l'étroite coopération franco-allemande apporte de nombreuses améliorations pour les habitants de la région ».

Le nouveau comité doit élaborer des solutions aux problèmes de cette zone qui seront ensuite soumises sous forme de propositions au Conseil des ministres franco-allemand. Cette tâche prend de plus en plus d’importance, a expliqué la secrétaire d'État Heike Raab, plénipotentiaire du Land de Rhénanie-Palatinat pour l'Europe auprès du gouvernement allemand : « Plus les gens coopèrent en dépassant les frontières, plus il y a de de problèmes pratiques à résoudre. Ce n'est que dans le travail uotidien que l’on voit où ça coince ».

Une autre tâche du nouvel organisme consistera à coordonner l'observation de l’espace transfrontaliier. Car, seule une connaissance fiable des flux de banlieue, de l'offre et de la demande de soins médicaux ou de l'utilisation des capacités des transports publics locaux permettra de planifier les infrastructures pour répondre aux besoins transfrontaliers. L'évaluation des conséquences juridiques des lois européennes et nationales sur la région frontalière et la préparation de stratégies et de projets de développement régional seront d'autres domaines de travail.

Détenteur du label du patrimoine européen, le château de Hambach se situe dans la commune de Neustadt an der Weinstrasse dans le Land de Rhénanie-Palatinat. C'est un château médiéval qui doit sa renommée à la fête de Hambach qui avait réuni en ce lieu en 1832 les représentants du mouvement révolutionnaire en faveur de la démocratie et de l'unité allemandes.

Quelle que soit son appellation et au grand dam des prophètes de malheur, la Françallemagne progresse peu à peu. (JP Picaper avec le service de Presse du Land de Rhénanie-Palatinat)

Au tournant des années 2019-2020 : les Allemands font confiance à Emmanuel Macron

Selon un sondage, les Allemands font plus confiance au Président français Emmanuel Macron qu'à la Chancelière allemande Angela Merkel (CDU). Les journaux du Funke Media Group en ont fait état le 23 décembre, en citant une enquête de l'Institut Kantar. Selon le sondage, 53% des personnes interrogées ont déclaré que leur confiance en Merkel était "plutôt élevée". Mais, pour Macron, le taux de confiance était de 57 %.

Selon l'enquête, Merkel a atteint le taux de confiance le plus élevé avec 72% dans le groupe d'âge 14-29 ans, avec 59% chez les femmes ; ce taux est plus élevé que chez les hommes avec 48%. Macron obtient les meilleures valeurs dans le groupe d'âge des plus de 60 ans avec 66%.

Le président russe Vladimir Poutine, envers qui 26 % des gens ont une confiance plutôt élevée et 67 % une confiance plutôt faible, se situe clairement dans la fourchette négative. Le Premier ministre britannique Boris Johnson se retrouve encore plus mal loti avec 12% à 71 %, le Président turc Recep Tayyip Erdogan avec 6% de confiance contre 86 % de défiance est au bas du tableau mais encore devant le Président américain Donald Trump avec 6% contre 89 %.

AU-DELÀ DES CRITIQUES DE MACRON SUR L'OTAN : UN MALAISE FRANÇAIS CROISSANT VIS-À-VIS DE L'ALLIANCE

En parlant, dans un entretien accordé à The Economist, de la « mort cérébrale » de l’Alliance atlantique, le président Macron pouvait être certain de provoquer le courroux de ses homologues européens. S’il a choisi de s’y lancer, c’est parce qu’il y voit une urgente nécessité. A un an des prochaines élections US et avec l’enlisement du Brexit, une fenêtre d’opportunité sans précédent est en train de se fermer. Cet alignement des planètes unique, qui dans la vision française aurait dû permettre d’entraîner enfin les partenaires de l’UE sur le chemin de l’autonomie stratégique, n’a pas vraiment porté ses fruits.

Pis, la plupart des gouvernements européens, confrontés sans ménagement à la réalité de leur dépendance par rapport aux Etats-Unis, semblent préférer les gestes d’allégeance discrets mais concrets vis-à-vis de l’Amérique. Aux yeux de Paris, c’est tout sauf logique. Mais comme l’avait dit l’ancien conseiller de Tony Blair, Robert Cooper, au sujet justement d’Europe et d’autonomie : « le monde ne procède pas par logique, il procède par choix politiques ». Le président français a donc décidé d’exposer vertement le choix qui attend les Européens d’après lui – quitte à paraître « drastique».

La menace que la France perçoit

Aux yeux de Paris, alors même que la possibilité d’un désengagement américain évoquée maintes fois par le président Trump aurait dû provoquer un élan « autonomiste », la plupart des partenaires européens optent plutôt pour une crispation atlantiste. L’alternative a déjà été exposée dans un remarquable échange au European Center for Foreign Relations en 2011, entre le britannique Nick Witney (ancien directeur de l’Agence européenne  de défense) pour qui c’est soit une défense européenne autonome soit « vivre dans  un monde dirigé par d’autres » et l’allemand Jan Techau (directeur des affaires européennes au Carnegie Endowment), qui voit en l’autonomie européenne un « village Potemkine » qu’il convient d'oublier au profit « d’une intense sollicitude portée au lien transatlantique ». Si la rhétorique européenne à l’ère Trump emprunte parfois des airs de la première vision, les actes, par contre, vont dans la seconde direction. Sur l’OTAN, notamment, pour apaiser le président Trump, les Européens se montrent prêts à laisser évoluer l’organisation dans un sens qui, pour eux, signifie davantage d’abandons et d’enfermement dans la dépendance.

Ce penchant fut mis en évidence dans un exercice de simulation de haut niveau, dont les conclusions ont été publiées "n septembre. Le dernier Körber Policy Game, organisé conjointement par un think-tank allemand (le même où le Secrétaire général de l’OTAN faisait son discours quand l’entretien du président français est sorti dans la presse) et le prestigieux IISS (International Institute for Strategic Studies) britannique, a réuni des experts et des responsables de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la Pologne et des Etats-Unis. Répartis en équipes nationales, ils ont été confrontés à un scénario fictif dans lequel l’Amérique se retire de l’OTAN, et son départ est suivi de multiples crises qui éclatent dans l’Est et le Sud de l’Europe. Les résultats sont éclairants. Il en est ressorti, entre autres, qu’au lieu de relever le dé" de leur propre sécurité, « la plupart des équipes » cherchait plutôt, dans un premier temps, à convaincre les USA de retourner dans l’OTAN – au prix de lui accorder « des concessions qui étaient inimaginables auparavant ». Ce qui laisse peu de partenaires pour la vision « autonomiste » portée par la France.

L’urgence que Paris sent

Le choix du moment n’est pas anodin. L’entretien avec The Economist eut lieu trois jours après la conférence de presse lors de laquelle Macron s’est dit indigné de la manière dont il avait appris, par tweet, le retrait des troupes US de Syrie, suivi de l’incursion turque dans le pays : « ça interroge aussi sur le fonctionnement de l’OTAN. Pardon de le dire, mais il ne faut pas faire semblant ». En réalité, pour spectaculaire que soit l’épisode syrien, il n’est que le dernier d’une série qui cumule des sanctions extraterritoriales, des abandons de traité de contrôle des armements, des pressions commerciales et d’autres décisions unilatérales perçues comme humiliantes pour les autres membres de l’Alliance – sauf que ce dernier incident survient à peine un mois avant la prochaine réunion des dirigeants de l’OTAN. Pour Paris, il est à craindre que pour amadouer le président Trump, les Européens cèdent trop sur des sujets tels la désignation de la Chine comme nouvel ennemi commun, l’inclusion de l’espace parmi les théâtres d’opérations de l’OTAN ou encore l’accès des Etats-Unis aux programmes d’armement UE "financés sur l’argent des contribuables européens.

En effet, la France continue à plaider pour un « recentrage » de l’OTAN, par opposition à son empiètement grandissant sur les plates-bandes de l’UE. Les efforts américains, depuis la fin de la guerre froide se sont portés à « globaliser » l’Alliance, afin que le plus grand nombre de domaines soient traités dans le cadre de l’OTAN où, comme l’a dit Joachim Bitterlich, ancien conseiller du Chancelier Kohl : « les Américains se trouvent dans une situation commode car ils ont le dernier mot et que tout dépend d’eux ». Justement, Paris s'inquiète que sur un nombre croissant de dossiers (au-delà de la Chine, de l’espace et de l’armement, il s’agit aussi du cyber, de l’énergie, du renseignement), les alliés européens – pris de panique devant les menaces récurrentes du président Trump de « modérer son engagement » – consentent à des transferts de compétences nationales et/ou européennes vers l’OTAN. Et se laissent ainsi verrouiller encore davantage dans une situation de dépendance.

La cible que Macron choisit

Ce n’est pas un hasard si au centre des interrogations de Macron sur l’Alliance on trouve l’article 5 – celui qui incarne la défense collective, autrement dit le fait qu’une attaque contre un allié soit considérée comme une attaque contre tous les Etats membres. Traditionnellement, c’est pour ne pas mettre en péril cette garantie de protection US que les alliés européens font des concessions, et témoignent, comme le note Jeremy Shapiro, ancien planificateur et conseiller au Département d’Etat américain, « d’une complaisance malsaine et d’une déférence excessive » vis-à-vis des Etats-Unis. Le paradoxe, sous le président Trump, c’est qu’il met en lumière crûment et publiquement cette logique transactionnelle de l’Alliance, tout en jetant le doute, encore et encore, sur son fondement. Pour la France, c’est une aubaine. Comme l’avait exprimé la ministre des affaires européennes Nathalie Loiseau dès 2017 : « Alors que les propos du président américain ont pu susciter un certain trouble quant à son attachement à l’Alliance atlantique l’intérêt d’une autonomie stratégique de l’Union européenne est apparu beaucoup plus nettement qu’auparavant à beaucoup de nos partenaires européens. Nous en étions convaincus; d’autres le sont bien davantage aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier ».

Sauf que les actes ne suivent pas. Emmanuel Macron a donc décidé d’insister sur le fait que « le garant en dernier ressort, n’a plus la même relation avec l’Europe. C’est pourquoi notre défense, notre sécurité, les éléments de notre souveraineté, doivent être pensés en propre ». Et le président de poursuivre : l’OTAN « ne marche que si le garant en dernier ressort fonctionne comme tel. Je dirais qu’il faut réévaluer la réalité de ce qu’est l’OTAN à l’aune de l’engagement des Etats-Unis d’Amérique ». A la question de savoir « si l’article 5 fonctionne » ou pas, il répond « Je ne sais pas, mais c’est quoi l’Article 5 demain ? ». En prenant bien soin de préciser que « il ne s’agit pas que de l’administration Trump. Il faut regarder ce qu’il se passe très profondément du côté américain ». En réalité, ce qu’il dit n’est pas nouveau, ni exceptionnel. La Commission Trident britannique, par exemple, est arrivé pratiquement aux mêmes conclusions en 2014. Composée, entre autres, d’anciens ministres de la Défense, des Affaires étrangères, et d’un ex-chef d’état-major des armées, elle fut mandatée pour examiner le bien-fondé du renouvellement de l’arsenal nucléaire du Royaume-Uni. Ils en sont arrivés à l’épineuse question « peut-on compter sur les États-Unis d’avoir la capacité et la volonté d’assurer [la protection] indéfiniment, au moins d’ici le milieu du 21e siècle? » et y ont répondu qu’« en fin de compte, il est impossible d’y répondre ». La différence avec Macron, c’est que les Britanniques ont été surtout soucieux de « ne pas envoyer le mauvais message quant à la crédibilité » de la protection américaine, tandis que le président français souhaite, au contraire, alerter et provoquer un sursaut parmi ses partenaires européens.

La vision française revigorée

En dépit des réactions indignées d’experts et de responsables, les propos du président français étaient tout sauf « bizarres ». Bien au contraire, ils s’inscrivent dans la droite ligne de la tradition gaullo-mitterandienne que Macron a décidé d’exposer déjà, devant les ambassadeurs, dans son dernier discours annuel. La clef-de-voûte de cette vision a toujours été la notion de souveraineté – un terme que Macron prononce vingt fois dans The Economist. Ce retour aux fondements appelle trois remarques. Premièrement : l’impératif d’autonomie n’a jamais été dirigé contre les Etats-Unis. Dans la réflexion française, soit on garde sa souveraineté par rapport à tout pays tiers, soit on ne le fait pas. Si les Européens décident de s’en passer dans un cas, notamment vis-à-vis de l’Amérique, les matrices de sujétion que cela implique (la perte de capacités matérielles propres aussi bien que la déresponsabilisation psychologique) les mettront à la merci de toute autre puissance à l’avenir. Autrement dit, à défaut d’assumer sa pleine autonomie, l’Europe deviendra, demain, une proie facile pour n’importe qui. Comme l’explique Macron : « l’Europe, si elle ne se pense pas comme puissance, disparaîtra ».

Deuxièmement : dans la vision française, la souveraineté, en plus d’être un impératif stratégique, est aussi une condition sine qua non de la démocratie. Sans indépendance par rapport à des pressions externes, il n’y a guère de sens au vote des citoyens. Macron a clairement mis en avant ce lien intrinsèque à la veille des dernières élections européennes : « Si nous acceptons que d'autres grandes puissances y compris alliées, y compris amies se mettent en situation de décider pour nous, notre diplomatie, notre sécurité, alors nous ne sommes plus souverains et nous ne pouvons plus crédiblement regarder nos opinions publiques, nos peuples en leur disant : nous allons décider pour vous, venez voter et venez choisir. » C’est cette même idée qu’il a poursuivi devant les ambassadeurs, en leur rappelant : « c'est une aporie démocratique qui consiste à ce que le peuple puisse souverainement choisir des dirigeants qui n'auraient plus la main sur rien. Et donc, la responsabilité des dirigeants d'aujourd'hui, c'est de se donner aussi les conditions d'avoir la main sur leur destin ».

Finalement : au-delà de ce retour à l’essence même du gaullisme, l’entretien de Macron à The Economist marque aussi une volonté de renouer avec une attitude, avec une manière spécifiquement française de faire la diplomatie. En effet, depuis son refus tonitruant de la guerre en Irak, la France se comportait comme effrayée par sa propre audace : elle avait en partie abandonné sa posture de « cavalier seul », au profit de la recherche du compromis et du soi-disant pragmatisme. Sans grand succès. La force de la diplomatie française a toujours été sa capacité à assumer une position claire, à faire valoir des principes évidents, et à les traduire en termes pratiques avec une implacable logique – au point que ses interlocuteurs se retrouvaient démasqués, face à leurs propres incohérences. C’est exactement ce que tente de faire Macron maintenant au sujet de l’OTAN. Face aux humiliations flagrantes de la part de l’administration Trump, les dirigeants européens, au premier chef la chancelière allemande, ont déjà dû déplorer publiquement leur situation de dépendance. Le président français les appelle donc, tout simplement, à en « tirer les conséquences ».

Le texte est la version française de l'article original: Hajnalka Vincze, Beyond Macron’s Subversive NATO Comments: France’s Growing Unease with the Alliance, Foreign Policy Research Institute (FPRI), 26 novembre 2019.